Le cheval de Troie

Cette esquisse du projet du 22, rue Principale,... (Courtoisie)

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Cette esquisse du projet du 22, rue Principale, dans le Vieux-Aylmer, a été présentée lors d'une consultation publique, le 13 juillet dernier. Les plans ne prenaient alors pas en considération les commentaires faits par les citoyens.

Courtoisie

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ÉDITORIAL / Sur un terrain vague de la rue Principale, dans le secteur Aylmer, se profile une bataille sur le développement urbain et la préservation du patrimoine. Le verdict annoncera à la population de Gatineau les réelles intentions du conseil municipal sur ces deux enjeux, et le courage du maire Maxime Pedneaud-Jobin.

Déjà malmené sur sa timidité à prendre position devant le projet des tours Brigil, face au Musée canadien de l'histoire, le maire de Gatineau est confronté ici à un enjeu similaire, mais à l'autre bout de la ville. Dans un secteur où les questions patrimoniales prennent un sens particulier parce que plusieurs maisons anciennes savamment préservées de la rue Principale ont survécu aux éléments. Parce l'auberge Symmes, près de l'eau, marque la naissance d'Aylmer, là où Charles Symmes a construit en 1831 une splendide maison qui accueillera les voyageurs sur la rivière des Outaouais.

À un coin de rue, le promoteur Denis Cléroux propose aujourd'hui de construire un édifice qui abriterait 18 condominiums. Un collectif de citoyens surveille le dossier de près, sous l'oeil approbateur du conseiller Richard Bégin. Un projet amendé a été déposé au service d'urbanisme de la Ville de Gatineau, la semaine dernière, et a été révélé par notre collègue Mathieu Bélanger, dans notre édition d'hier.

Quelle vision patrimoniale Gatineau doit-elle endosser ? Peut-elle différer selon les secteurs, ou les quartiers ? Que faire lorsque le zonage ne s'arrime pas au schéma d'aménagement ou au « Plan d'intégration et d'implantation architecturale » ?

La préservation du patrimoine équivaut-elle à n'accepter aucun projet qui dépare l'environnement architectural avoisinant ? Ou doit-elle intégrer différentes époques et architectures dans un ensemble « évolutif », pour emprunter le mot de l'architecte Christian Rheault, qui a dessiné l'édifice pour l'entrepreneur. 

Pour faire image : la pyramide de l'architecte I.M. Pei, au Musée du Louvre, à Paris. Toute en verre, le cône se dresse physiquement à l'opposé des murs de vieilles pierres du Louvre. L'ensemble nourrit encore la discussion, 27 ans après son inauguration. 

La rue Principale, à Aylmer, n'est pas le Louvre mais il ne faut pas en réduire l'importance. 

Le projet de condos est de son époque, très XXIe siècle. Il n'y en a pas autour. Et la rue Principale n'a pas un air de musée. Pour chaque maison patrimoniale, on identifiera une construction sans charme (au 24 ou 37 rue Principale, par exemple), ou dont les modifications ont gommé les attraits (au 38, 41 et 60, rue Principale). Sans parler du dépanneur Le Spot. Et pourquoi les militants derrière l'auberge Symmes ont-ils été incapables de bloquer, l'autre côté de la rue, les très ordinaires maisons en rangée de la rue Prince-de-Galles ?

L'édifice projeté s'installerait sur un terrain vague, inutilisé depuis des années. Si la Ville de Gatineau le refuse, qui sait combien de temps le voisinage attendra encore avant de redynamiser ce bout de la rue Principale ? Vaut-il mieux un stationnement en friche ou un édifice somme toute attrayant, dénaturant un peu le paysage et établissant un nouveau standard de constructions de quatre étages ?

Le hic, c'est que le projet du 22, rue Principale, n'est que le premier de plusieurs. Si ce n'était qu'une seule bâtisse. Mais comme un cheval de Troie, sa construction décloisonnerait le développement de plusieurs autres terrains autour de la rue Principale. Dire oui à Denis Cléroux ouvre-t-il la porte à du n'importe quoi ?

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