Contrôler les vidéopokers

L'idée n'est pas d'interdire les vidéopokers: si l'État... (Patrick Sanfaçon, Archives La Presse)

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L'idée n'est pas d'interdire les vidéopokers: si l'État québécois faisait ça, la mafia s'en occuperait.

Patrick Sanfaçon, Archives La Presse

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ÉDITORIAL / Les vidéopokers sont une plaie sociale qui capture trop de pauvres qui y engloutissent leurs maigres revenus. Trop nombreux, trop accessibles, trop nocifs. Et s'il y a un autre accro à ces machines diaboliques, outre les habitués, c'est l'État québécois.

S'il est difficile, mais pas impossible pour les joueurs compulsifs d'apprendre à contrôler leurs envies de jeux à l'argent, le gouvernement ne montre aucun appétit à se débrancher des vidéopokers.

Loto-Québec, toujours invité à fournir plus de dividendes au ministre des Finances, n'arrive pas à se garder une petite gêne dans sa gestion du parc de ce qu'il appelle les appareils de loteries vidéo (ALV).

À tous les trois ou quatre ans surgit une histoire sordide d'un joueur compulsif qui a tout perdu dans ces vidéopokers; la dernière en date était publiée dans La Presse, samedi dernier.

Encore une fois, tout y est: une personne menant une vie normale qui se laisse accrocher à ces machines, et perd la carte jusqu'à tout perdre. Famille, emploi, REER, maison, parfois même la vie.

Les données sont là, inattaquables. Dans les quartiers défavorisés de Gatineau, Québec ou Montréal, il y a un bar avec des ALV à environ 500 m de la maison. À peine cinq ou six minutes à pied. C'est pratique pour tous les endroits au Québec où il n'y a pas de chics casinos à proximité.

Une fois à l'intérieur, on a aménagé un petit salon discret pour les joueurs, pour que le vice ne soit pas à la vue de tous. Pour les aider à décompresser, on leur servira de l'alcool.

Pas eu le temps de passer à la banque? Il y a probablement un guichet bancaire dans le bar. C'est pratique aussi si l'on tombe à sec en milieu de séance. Ce qui arrive bien plus souvent qu'on le pense.

Certains bars ont pu en obtenir de nouvelles, récupérées d'ailleurs - cinq machines par bar, ce n'était pas suffisant pour répondre à la demande. 

Et puis, les machines sont renouvelées régulièrement pour offrir de nouveaux jeux. Même que les nouvelles acceptent les billets directement, comme les machines à sous au casino. 

Loto-Québec est censé surveiller tout ça, et il le fait mal. Le propriétaire du bar n'est que trop heureux de «rendre service» à ses meilleurs clients.

Sans ces ALV, lui aussi aurait de la difficulté à joindre les deux bouts. Pour les tenanciers, les vidéopokers ont permis d'amortir les secousses de l'interdiction de fumer, entre autres.

À travers le Québec, il y en a près de 12 000. Un milliard de revenus en 2015, sur un budget total de 3,56 milliards $. Le gouvernement a perçu 1,2 milliard $ en dividende de Loto-Québec et il lui en demande toujours un peu davantage à chaque année. C'est pourquoi le gouvernement - peu importe qu'il soit libéral ou péquiste, la dépendance n'a pas de couleur partisane - ne tape pas trop sur les doigts des inspecteurs de Loto-Québec. 

L'idée n'est pas d'interdire les vidéopokers: si l'État québécois faisait ça, la mafia en installerait d'autres, mieux cachées encore, comme c'était le cas avant Loto-Québec, avant 1969.

Le vice est là, on ne l'empêchera pas, mais on peut mieux le contrôler. Comme on contrôle la cigarette, l'alcool et bientôt, la marijuana.

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