Les oubliés de l'éducation francophone

ÉDITORIAL / On fait un large cas de la forte assimilation qui afflige les... (Etienne Ranger, Archives LeDroit)

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Etienne Ranger, Archives LeDroit

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ÉDITORIAL / On fait un large cas de la forte assimilation qui afflige les Francophones vivant à l'extérieur du Québec. Plusieurs phénomènes se conjuguent pour les attirer vers l'anglais. Si au moins il était possible de les enrôler dès le plus jeune âge!

Mais bon, le réseau de garderies en français souffre d'un manque de places disponibles, est trop éloigné des familles, ou est simplement de moins bonne qualité que celui de la majorité. Ainsi, des milliers de familles francophones choisissent, souvent à regret, d'inscrire leurs enfants dans des garderies anglophones, faute d'alternatives valables.

Voilà une réalité criante à laquelle devrait s'attaquer la prochaine Feuille de route 2018-2023. La ministre du Patrimoine canadien, Mélanie Joly, a déjà entamé ses consultations à travers le pays mais la voie est, on le constate, bien tracée d'avance.

Si le Canada veut favoriser l'essor des langues officielles, et si le gouvernement de Justin Trudeau veut se positionner comme un réel défenseur des droits des minorités, il peut déjà se mettre à l'ouvrage dans le domaine des services à la petite enfance. LeDroit n'est pas le seul à soutenir cette position : le Commissariat aux langues officielles vient de publier un rapport à cet effet, d'où sont tirés plusieurs des données citées ici.

Il y a quelques décennies, les familles étaient en majorité constituées d'un père au travail et d'une mère au foyer. Cela a progressivement mais radicalement changé depuis 50 ans. Aujourd'hui, trois quarts des familles comptent deux parents qui travaillent à l'extérieur : l'accès à des services de garde, qui ne concernait qu'une minorité de Canadiens en 1976, est devenu un élément essentiel du continuum dans le système d'éducation au Canada, à l'instar de bien des sociétés occidentales. Une garderie de qualité n'est plus un luxe, mais un service de base qui doit être accessible à tous, hormis ceux habitant les communautés les plus minuscules et les plus reculées. 

Une garderie de qualité s'avère aussi un service essentiel dans un pays qui réitère sa foi dans ces deux communautés de langues officielles, fondatrices de la nation qu'elle est devenue aujourd'hui. Mais voilà, les Pères de la Confédération n'avaient pas imaginé lorsqu'ils ont rédigé la Constitution au milieu du XIXe siècle que 150 ans plus tard, les familles auraient recours à des garderies pour leurs enfants.

Ainsi, la Constitution ne protège que le droit à l'éducation aux niveaux primaire et secondaire. Tout le reste ne relève pas d'un quelconque droit.

À une époque où nous valorisons à ce point l'éducation - avec raison d'ailleurs -, la société s'est donné des outils au niveau post-secondaire. En Ontario français, un réseau de collèges s'est développé depuis 30 ans, et l'Ontario devrait créer sous peu une Université franco-ontarienne. 

Par contre, qu'en est-il à l'autre bout du spectre éducatif, celui de la petite enfance ? Hors d'Ottawa, le réseau de garderies de langue française est singulièrement déficient, souligne le Commissariat aux langues officielles. 

Le fédéral ne doit pas créer un réseau de garderies, c'est aux provinces, aux municipalités et aux communautés de le faire. Ottawa peut... non, doit leur garantir les ressources pluriannuelles pour que des garderies éclosent là où la demande le justifie, dans des locaux adaptés, près ou dans les écoles, avec du personnel payé convenablement pour s'assurer de sa fidélité et de sa compétence. La prochaine Feuille de route, qui avait oublié le réseau de garderies depuis 2013, doit justement servir à cela.

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