Qui s'étonne d'une taxe carbone?

Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau... (Photo Sean Kilpatrick, La Presse Canadienne)

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Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau

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ÉDITORIAL / Lundi, Justin Trudeau s'est levé à la Chambre des communes et annoncé l'imposition d'une tarification pour chaque tonne d'émission de carbone à partir de 2018. Au même moment, les ministres provinciaux de l'Environnement se réunissaient à Montréal, et quelques-uns ont quitté la salle en guise de protestation.

Cette initiative fédérale est grandement due, après des années de négligence qui remontent aux années de Jean Chrétien, puis celle de Stephen Harper. Il ne faut pas attendre pour agir en environnement, et chaque occasion perdue perturbera encore plus nos habitudes à l'avenir. 

L'imposition d'une taxe de 10 $ la tonne, et une hausse équivalente chaque année jusqu'en 2022, est une manoeuvre ratoureuse mais elle permettra aux Canadiens d'amortir le choc.

Chaque tranche de 10 $ que les raffineries de pétrole devront verser, pour les prendre en exemple, pourrait se traduire par une augmentation de 2 cents le litre à la pompe. L'effondrement des prix du brut a fait chuter le prix au litre, et les tarifs à la pompe demeurent très fluctuants depuis. Ces 2 cents passeront inaperçus. Mais au bout de la cinquième année, cette hausse aura atteint 10 cents le litre, et qui sait combien le litre coûtera alors : 1,40 $, 1,60 $ ? 

Et puis, cet exemple ne vaut que pour l'essence. Des dizaines d'autres secteurs industriels seront touchés et cela aura un impact sur le coût de la vie des Canadiens. Pour bien des familles, ces coûts supplémentaires qui se refléteront dans l'Indice des prix à la consommation feront mal. Mais peu de stimuli peuvent secouer l'inaction des Canadiens en environnement comme un coup dans le portefeuille. Il faut apprendre à adopter des habitudes plus vertes. 

Par ailleurs, l'annonce de M. Trudeau marque la deuxième fois où ils bafouent l'autorité des provinces. Au Canada, trop de gouvernements libéraux, comme ceux de son père, Pierre Elliott Trudeau dans les années 1970 et 1980, ont passé outre au principe du respect des champs de compétence entre le fédéral et les provinces. Il s'agit d'une manière bien maladroite de piloter de délicats dossiers nationaux.

Le mois dernier, c'était sa ministre de la Santé, Jane Philpott, dans le cadre de la prochaine entente sur le financement de la santé, qui faisait peu de cas d'imposer ses vues au Québec, notamment. 

Une meilleure collaboration des deux ordres de gouvernement est plus que souhaitable, elle est essentielle pour le bien du pays.

Sans compter que cela subtiliserait des munitions à l'opposition conservatrice qui rappellera constamment que pendant les années de Stephen Harper, le Parti conservateur respectait les champs de compétence des provinces... Pourquoi ne pas inclure un peu de collaboration dans le processus et désamorcer les arguments de leurs adversaires ?

Ce dialogue intergouvernemental permet aussi d'aplanir les cahots sur la route vers une environnement plus vert. Si certains doutent encore que le Canada doive agir dans le domaine, comme le premier ministre de la Saskatchewan Brad Wall, ils ne sont qu'une minorité. Justin Trudeau et les libéraux ont été transparents sur cette question pendant la campagne électorale, et leur empressement de participer activement au Sommet de Paris sur le climat, quelques semaines à peine après l'élection du 19 octobre 2015, aurait dû envoyer un signal clair à tous les climatosceptiques.

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