Un jupon qui dépasse beaucoup

Cette semaine, Jean-Martin Aussant et Gabriel Nadeau-Dubois ont annoncé... (André Pichette, Archives La Presse)

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Cette semaine, Jean-Martin Aussant et Gabriel Nadeau-Dubois ont annoncé une consultation qu'ils ont baptisée «Faut qu'on se parle».

André Pichette, Archives La Presse

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ÉDITORIAL / Le dernier à avoir parcouru le Québec pour en sonder les désirs profonds a été François Legault, en 2011. Quelques mois plus tard, il fondait la Coalition avenir Québec. Cette quête d'informations l'avait de toute évidence convaincu que le Québec avait besoin d'une nouvelle voix dans l'espace politique.

Cette semaine, Gabriel Nadeau-Dubois et Jean-Martin Aussant ont annoncé semblable consultation, qu'ils ont baptisée «Faut qu'on se parle».

Contrairement à M. Legault, ils ne peuvent compter sur un homme d'affaires comme Charles Sirois et leur tournée sera de toute évidence plus modeste et plus courte: 10 rencontres en trois mois, un bilan dès l'hiver. En Outaouais, l'arrêt est déjà prévu le dimanche 6 novembre.

Autant François Legault avait le goût de puiser dans les idées de droite, autant MM  Nadeau-Dubois et Aussant pigeront dans celles de la gauche. Car on ne se comptera pas d'histoires: les fédéralistes, les anglophones, les communautés culturelles et les lucides de la droite n'auront pas grande voix au chapitre lors de ces rencontres. Celle de Gatineau réunira les visages connus du paysage de gauche - et c'est très bien ainsi -, mais les autres ne se sentiront pas trop bienvenus et préféreront consacrer ce dimanche à installer leurs pneus d'hiver...

Car le bilan que ce duo intrépide fait du Québec est pas mal ficelé d'avance. 

Leader lors du conflit étudiant de 2012, Gabriel Nadeau-Dubois militait pour la gratuité scolaire et a dirigé un ouvrage en ce sens depuis. Dans un texte virulent qu'il signait dans L'actualité le mois dernier, il se réfère à «une vision catastrophiste du Québec, de son économie, de son État». Le gouvernement de Philippe Couillard a mené une «politique de déconstruction, qui frappe de plein fouet les personnes les plus vulnérables». Quant au projet de souveraineté, il est devenu «inoffensif, sans substance» et dont les jeunes se sont désintéressés.

À 26 ans, il manie le verbe comme peu de Québécois, mais les idées sont déjà bien arrêtées. Celles de M. Aussant aussi, qui se définit toujours comme souverainiste, lui qui est allé fonder Option nationale quand il a divergé d'opinion avec la chef du Parti québécois de l'époque, Pauline Marois.

On en sait moins des idées qui animent les trois autres membres de ce groupe de réflexion/consultation, l'agronome Claire Bolduc, la militante crie Maïtée Labrecque-Saganash et l'urgentologue Alain Vadeboncoeur.

Mais nous savons que les questions sont déjà trop biaisées pour obtenir des opinions diverses. Les principales oreilles qui les recevront sont pas mal fermées aux opinions qui sont proches du Parti libéral du Québec, par exemple.

Pour mieux sonder les humeurs des Québécois, il aurait été préférable de leur demander ce qui les mécontentait le plus, quelles pistes de solution ils voyaient sur les enjeux favorisés par le groupe Faut qu'on se parle (FQSP), notamment l'économie, l'éducation, la santé, la culture, le climat, etc.

Au lieu de lancer un appel sur comment améliorer la vie des Québécois, le cri est déjà bien clair: allez protester si vous êtes aussi d'avis que le Québec est dans un cul-de-sac, que c'est la catastrophe, et que c'est beaucoup à cause des libéraux. Ce n'est pas tout faux, évidemment. Il y a beaucoup de vrai dans leur bilan. Mais avec un jupon qui dépasse d'une telle longueur, la pluralité des opinions sera la première victime du mouvement Faut qu'on se parle.

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