D'une voix unanime

Le mouvement Ottawa bilingue, dont fait partie Lucien... (Patrick Woodbury, LeDroit)

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Le mouvement Ottawa bilingue, dont fait partie Lucien Bradet (sur la photo), a opté pour une approche étapiste, un bon choix, estime notre éditorialiste.

Patrick Woodbury, LeDroit

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ÉDITORIAL / La communauté francophone d'Ottawa qui réclame un statut officiel pour le bilinguisme de la capitale a dévoilé un gros atout, hier : un sondage de la firme Nanos affirmant que deux-tiers des résidants d'Ottawa sont tout à fait ouverts à l'idée. Cette donnée, qui n'était que soupçonnée jusqu'ici, vient fracasser les objections de ceux qui soutiennent que le bilinguisme officiel n'est qu'un souhait de la minorité francophone, et que leurs voisins anglophones n'en veulent pas.

Encore plus crucial, la communauté francophone d'Ottawa a parlé d'une seule voix, hier. Depuis des mois, plusieurs organisations parlaient - ou prétendaient le faire - au nom des Franco-ontariens. Cela créait de la confusion. Dans la communauté anglophone, et tout particulièrement autour de la table du conseil municipal à Ottawa, certains se demandaient, en paraphrasant cette phrase illustre : « What do Francos want? »

Vers la fin de 2015, un groupe de militants a tenté de répondre à cette question cruciale. Quelques-uns étaient autour de la table, hier : l'avocat François Baril, Lucien Bradet, Bernadette Sarazin, Mona Fortier. L'approche étapiste a prévalu. Pas question d'identifier comment modifier la loi constituante de la Ville d'Ottawa par le Parlement de l'Ontario. Un objectif plus modeste a surgi : convaincre une majorité d'élus d'Ottawa de faire de la Politique sur les services en français un règlement municipal. Cette modification sémantique n'est pas cosmétique. À terme, elle devrait avoir de réels impacts pour améliorer la situation du français et des francophones vivant à Ottawa. Par exemple, lorsque le conseil municipal embauchera son prochain directeur général, il lui sera difficile de proposer un unilingue anglophone comme il vient de le faire avec Steve Kanellakos parce que ce serait enfreindre un règlement municipal. Cela aurait un poids moral plus grand que d'ignorer la politique de la ville en telle matière.

Cette approche est étapiste - un terme longtemps associé aux souverainistes du Parti québécois - parce que le travail de reconnaissance souhaitée par les militants d'Ottawa bilingue ne changera absolument pas le quotidien des francophones à court terme. Le lendemain d'un vote positif au conseil, si cela devait arriver, rien ne changera pour personne. Ni pour les Francos, ni pour les Anglos. 

Qui dit cela ? Les militants d'Ottawa bilingue eux-mêmes. Ils ont martelé que ce qu'ils souhaitent n'aura aucun impact sur le budget, ni ne causera de perte d'emplois. Ça ne coûtera pas plus cher, et aucun anglophone unilingue ne perdra son poste.

Au dévoilement du sondage, hier, il est apparu très clair que le conseiller Mathieu Fleury est devenu le leader incontesté de cette cause auprès de ses collègues. Il a mis de côté sa discrétion passée à ce sujet, lui qui était soucieux de ne pas froisser le maire Jim Watson avec lequel il travaille étroitement. Cela pourrait aussi dire que le maire n'est plus aussi résolu qu'avant à l'effet que « la politique de bilinguisme fonctionne bien ». De toute évidence, M. Fleury aura obtenu du maire les coudées franches pour faire accepter le règlement Ottawa bilingue. S'il réussit à bâtir une majorité au conseil, Jim Watson se rangera.

Dans tout cela, il reste une inconnue : et si le gouvernement fédéral décidait de son côté de profiter lui aussi du 150e anniversaire de la Confédération pour faire de la capitale une ville bilingue ?

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