Des balises à la légalisation

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Etienne Ranger, Archives LeDroit

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ÉDITORIAL / Au cours de la dernière année, des milliers d'usagers de la marijuana à des fins récréatives ne se cachent plus pour en consommer. Ils ne l'achètent plus sur le marché noir mais dans des magasins qui se donnent des airs de « dispensaires » où l'on ne demande souvent qu'une déclaration sur l'honneur que la substance hallucinogène sera utilisée à des fins médicales. Ces comptoirs de vente poussent comme des champignons. Des consommateurs en font usage dans des endroits publics, en toute impunité, prétendant que c'est légal, ou que ce le sera sous peu.

Bien avant la campagne électorale de 2015, Justin Trudeau avait annoncé son intention d'en légaliser l'usage. L'élection de son gouvernement du Parti libéral a ouvert les vannes et provoqué un laisser-aller que les autorités gouvernementales, médicales et policières sont incapables d'encadrer. 

De fait, à quoi bon arrêter ceux qui en possèdent illégalement ? Cela ne servira qu'à encombrer les tribunaux pendant quelques mois avec des accusations qui deviendront caduques lorsque le fédéral annoncera la légalisation, dans quelques mois. 

Mais légalisation ne signifie pas pour autant un commerce débridé, sans encadrement ni limites. 

Conduire un véhicule est soumis à des règles bien précises sur l'âge, le type de véhicule, l'accès à l'autoroute pour les conducteurs novices, le taux d'alcoolémie permissible, même la tolérance zéro. De la même manière, les boissons alcoolisées sont légales mais fortement encadrées néanmoins. Les mineurs ne peuvent en acheter, la vente est permise dans des lieux reconnus et accrédités, la teneur en alcool est clairement affichée et contrôlée. 

En comparaison, le commerce de la marijuana se fait en l'absence de toute règle hormis l'interdiction de vente aux mineurs. Des comptoirs poussent à proximité d'écoles et de parcs, les taux de THC -- la substance hallucinogène de la marijuana -- ne sont authentifiés par aucune autorité responsable, les fournisseurs ne sont pas connus.

Voilà pourquoi la récente réflexion de l'Association médicale canadienne sur la légalisation de la marijuana représente une précieuse collaboration au débat public. Le gouvernement Trudeau serait sage de bien soupeser la plupart des 22 recommandations de l'AMC. Elles touchent la commercialisation et l'emballage, les types de produits et leur force, etc. Elles encouragent la formation de professionnels sur la dépendance et des outils de dépistage pour les conducteurs qui prendraient le volant sous l'influence de la mari, même à quoi doivent servir les profits de son commerce.

Au nom de ses 83 000 médecins membres, l'AMC rappelle que le cerveau est encore en développement même dans la vingtaine et ainsi l'âge minimum pour s'en procurer devrait être de 21 ans. Et que des limites sur les volumes d'achat et la force devraient être en place jusqu'à 25 ans. Nous avons aussi besoin d'en apprendre davantage sur la mari et certains déterminants de la dépression.

Nous pouvons déjà prévoir qu'il sera difficile de faire accepter certaines balises. L'alcool est disponible sans contraintes dès l'âge de 18 ans, sans limite de volumes ni de puissance : comment le justifier pour la mari, dont les effets ne sont pas radicalement différents ? Peut-être est-ce simplement la perspective nouvelle de la légalisation de la marijuana qui fait émerger chez certains des réflexes paternalistes qui donnent l'impression de vouloir protéger les plus vulnérables des conséquences de l'abus. 

Mais un chemin se trace. La légalisation ne signifiera pas une libéralisation à tout crin.

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