Responsabilité partagée

ÉDITORIAL / Six collisions entre des véhicules et des vélos en une semaine,... (Étienne Ranger, Archives LeDroit)

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Étienne Ranger, Archives LeDroit

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ÉDITORIAL / Six collisions entre des véhicules et des vélos en une semaine, deux morts, quatre blessés. Il faut y voir là la triste ironie du sort, une incompréhensible série macabre qui brise des familles. Mais bien plus encore, cela illustre la cohabitation difficile de deux modes de transport dont l'un, le vélo, ne peut jouer à armes égales.

Léger, silencieux et écologique, le vélo est évidemment aussi caractérisé par une fragilité et la vulnérabilité de son usager, exposé à tous les risques. Il ne fait pas le poids à côté de tous les modes mécanisés, de la moto jusqu'au camion et à l'autobus qui, lourdauds, sont handicapés par une maniabilité réduite et une vision partielle des alentours. La kyrielle de menaces auxquelles s'exposent les cyclistes exige donc une panoplie de gestes préventifs pour un transport prudent. 

Parallèlement, trop de cyclistes n'ont pas intégré les mises en garde du Code de la route et depuis des décennies, ont acquis de mauvaises habitudes. Ajoutons à cela que le vélo, la forme la plus économique de transport, est à la portée des plus jeunes qui n'ont pas souvent les réflexes sécuritaires nécessaires. 

Cela semble placer la responsabilité des catastrophes de cette semaine sur les épaules des cyclistes ; mais ce n'est pas le cas. Ces utilisateurs doivent tout de même reconnaître leur imprudence collective et apprendre des comportements plus sécuritaires. 

Une des grandes frustrations des cyclistes, c'est que même les plus prudents d'entre eux sont constamment à risque. Camionneurs et automobilistes ignorent trop souvent que leurs propres comportements sont dangereux pour les cyclistes. Ils ouvrent une portière sans jeter un coup d'oeil dans le miroir, ils tournent sans consulter tous les angles, ils ignorent l'effet de la vitesse à proximité d'un vélo 100, 200 fois plus sensible aux coups de vent. 

Nos villes n'ont pas été aménagées avec les vélos en tête. Le danger des plus vulnérables -- les piétons le sont tout autant -- est constant. Mais cela n'excuse rien. Dans bien des agglomérations à travers le monde, la cohabitation se fait de manière bien plus harmonieuse qu'en Amérique du nord. Et puis, la multiplication des modes de transport n'ira qu'en augmentant : il faudra qu'automobilistes, camionneurs et cyclistes s'habituent à leur présence mutuelle et adaptent leurs comportements routiers les uns aux autres.

Quant aux pistes cyclables, le décès de Nusrat Jahan, vendredi à Ottawa, a démontré leurs limites. La piste de la rue Laurier qu'elle empruntait ce matin-là est considérée comme la Cadillac dans le genre. Elle est identifiée par une couleur différente sur la chaussée, et protégée par une chaîne de trottoir. Mais elle n'aura pu prévenir que Mme Jahan ne finisse sous les roues d'un camion. Et puis de telles pistes, il est ruineux de penser qu'on puisse en installer presque partout, et illusoire car nos routes ne pourraient les accueillir toutes, même si on le décidait. 

Il faut aménager plus de pistes, certes, et les inclure dans la planification de nouvelles voies.

Mais en attendant que nos routes soient mieux adaptées à tous les modes de transport, il faut rappeler que tous les usagers des voies publiques ont plus que la responsabilité de leur propre sécurité, mais la sécurité de tous les gens autour d'eux. Leur comportement sur la route doit en témoigner constamment. C'est une question de vie ou de mort.

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