La CAQ et l'identité

Ce n'est pas par hasard que le parti... (Hugo-Sébastien Aubert, Archives La Presse)

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Ce n'est pas par hasard que le parti de François Legault a fait trois sorties plutôt qu'une depuis une semaine sur le sujet de l'identité.

Hugo-Sébastien Aubert, Archives La Presse

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ÉDITORIAL / Le chef de la CAQ, François Legault, a assez de flair politique et trop d'expérience pour ignorer qu'il joue un jeu dangereux en explorant le délicat champ identitaire au Québec.

Ce n'est pas par hasard que la Coalition avenir Québec a fait trois sorties plutôt qu'une depuis une semaine à ce sujet. La CAQ craint que le tapis ne lui glisse sous les pieds dans l'espace politique québécois.

Le gouvernement du Parti libéral multiplie les annonces dans l'espoir de faire oublier deux années d'austérité budgétaire qui ont rogné les services publics aux Québécois, surtout en éducation et en santé. Et la course à la direction au Parti québécois accapare les manchettes.  

Avare d'attention à l'approche d'élections partielles, la CAQ a donc laissé la députée Nathalie Roy souffler sur les braises d'un faux débat à propos du burkini, le maillot intégral porté par quelques musulmanes sur des plages de France. Peu lui importe si personne n'a vu de burkini dans la Belle Province; la CAQ s'y est opposée. 

Puis, lorsque la Gendarmerie royale du Canada a montré des photos du hijab qu'elle permet depuis peu à ses agentes musulmanes, Mme Roy y est allée d'une autre sortie savamment calculée. Elle a rappelé l'argument de plusieurs à l'effet que «le voile islamique ne sert qu'à asservir et soumettre les femmes, et devrait de ce fait être banni de l'uniforme policier». Elle aurait été bien avisée de rappeler que la commission Bouchard-Taylor, sage mais timide, avait suggéré de bannir les signes religieux ostentatoires pour les personnes en position d'autorité. 

Cette semaine, François Legault lui-même a préparé la session d'automne en proposant que le Québec abaisse de 10 000 le nombre d'immigrants reçus, de 50 000 à 40 000 par an.

Le sujet est délicat et jonché d'obstacles.

Les libéraux ont toujours été favorables à une immigration populeuse - qui a pour effet, croient plusieurs, de gonfler leurs appuis politiques. Ils l'ont augmentée dès leur arrivée au pouvoir avec Jean Charest en 2003, mais ont parallèlement réduit les budgets consacrés à l'intégration et à la francisation. Encore au début de l'été, ils ont retranché 8,6 millions $ d'une aide totale de 51,4 millions $ que Québec verse aux commissions scolaires pour la francisation des nouveaux arrivants. (Le gouvernement Couillard voulait couper 5 millions $ de plus, mais a vite fait marche arrière devant le tollé que cela déclenchait.)

L'intégration et la francisation ne suivent pas. Le chômage chez les immigrants est beaucoup trop élevé. Leurs compétences tardent à être reconnues. Les mesures pour les aider à s'installer hors de Montréal sont trop timides. Bref, il faut dépenser plus et mieux, ce que réclament entre autres les organismes du milieu comme Accueil-Parrainage Outaouais, qui ciblait l'aide au logement et en éducation dans un mémoire en janvier dernier. 

Les chiffres semblent arbitrairement choisis: qui sait si 40 000 est le nombre optimal d'immigrants à accueillir? François Legault ne le justifie pas, pas plus que le gouvernement ne justifie le sien. 

La CAQ risque gros en arrivant avec de gros sabots dans les plates-bandes identitaires. Et elle ne doit pas confondre le populisme facile sur le burkini avec le juste débat sur les insuffisantes mesures d'accueil aux réfugiés.

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