Un consensus, pas l'unanimité

La première journée des audiences de l'Office national... (Patrick Sanfaçon, La Presse)

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La première journée des audiences de l'Office national de l'énergie (ONÉ) a été marquée par du brouhaha.

Patrick Sanfaçon, La Presse

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ÉDITORIAL / Le brouhaha qui a marqué la première journée des audiences de l'Office national de l'énergie (ONÉ) était à prévoir. Même si le pipeline Énergie Est n'est pas prévu avant quelques années encore, adversaires et ambassadeurs du projet sont sur les dents.

Pour l'industrie pétrolière, cet oléoduc relève de l'évidence. Elle ressent même une urgence certaine pour faciliter le transport du pétrole des sables bitumineux vers les raffineries et les marchés utilisateurs, au Canada et à l'exportation.

En Alberta et en Saskatchewan, des milliers de travailleurs et leurs employeurs en dépendent, des emplois déjà fortement en baisse par l'affaissement des cours du pétrole au niveau mondial. Ils ont vu le président Barack Obama fermer la porte au pipeline Keystone XL aux États-Unis, ils savent que des projets similaires vers le Pacifique sont confrontés à des obstacles environnementaux et à l'opposition de peuples autochtones; ils ne veulent pas que l'oléoduc vers l'Atlantique meure sous les objections de la Belle Province. Déjà qu'ils ont de la difficulté à comprendre les doléances politiques du Québec...

Les environnementalistes forment le principal camp des adversaires du pipeline Énergie Est. À leurs yeux, il est illogique de construire un oléoduc qui stimulera la production d'énergies fossiles alors que la plupart des pays du monde souscrivent aux objectifs de réduction de gaz à effet de serre. De fait, il est difficile de marier les engagements de la Conférence de Paris, pris l'automne dernier, et l'extraction d'une ressource polluante. Les environnementalistes ont reçu un magistral coup de pouce avec l'appui du maire de Montréal Denis Coderre qui, vendredi, a jeté du discrédit sur les audiences de l'Office national de l'énergie.

Il est vrai que l'ONÉ, pas plus que la société TransCanada qui envisage la construction du pipeline, ne s'aide pas. Ils fonctionnent comme si le gouvernement de Stephen Harper était encore aux commandes. Les conservateurs faisaient peu de cas des objections environnementales ou du principe d'acceptabilité sociale. Ça n'a d'ailleurs guère servi puisqu'aucune infrastructure n'a été construite en neuf années de régime conservateur.

Depuis des mois, l'impasse subsiste.

Le silence officiel du premier ministre libéral Justin Trudeau laisse place à diverses interprétations. 

D'un côté, il aimerait bien que cet oléoduc se concrétise. Cela stimulerait l'économie de l'Ouest canadien, qui en a bien besoin, et ça l'aiderait politiquement dans ce coin du pays. 

Mais on sent qu'il voudrait que cela se fasse à la condition que toutes les parties impliquées dialoguent et y consentent. L'unanimité n'arrivera pas, les verts s'y opposeront toujours, mais un consensus suffisamment large pourrait se dégager. Pour cela, il faut que TransCanada cesse de se comporter en taupin et participe avec ouverture et respect au processus d'examen environnemental nécessaire à la construction d'un oléoduc sur des terres sensibles.

Il faut aussi que l'Office national de l'énergie se comporte avec l'impartialité attendue de l'instance quasi judiciaire qu'elle est. 

Ce n'est pas avec des décideurs affiliés à l'industrie pétrolière, ni en tenant des rencontres privées avec ses lobbyistes (Jean Charest, pour ne pas le nommer) que les avis de l'ONÉ seront pris au sérieux et respectés.

Les choses semblent bien mal parties. Peut-être bien qu'une réforme complète de l'Office national de l'énergie sera essentielle pour cette première étape, ainsi qu'un ménage dans l'esprit des décideurs de TransCanada...

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