Une vie bien remplie

Les électeurs de la circonscription d'Ottawa-Vanier sont subitement... (Etienne Ranger, Archives LeDroit)

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Les électeurs de la circonscription d'Ottawa-Vanier sont subitement orphelins, comme toute la famille de son Parti libéral.

Etienne Ranger, Archives LeDroit

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ÉDITORIAL / Même si tous le savaient condamné par la maladie, le décès de Mauril Bélanger est tout de même tombé comme un choc.

Ses commettants de la circonscription d'Ottawa-Vanier sont subitement orphelins, comme toute la famille de son Parti libéral. Le Canada et la dualité linguistique et culturelle du pays perdent l'un de ses plus ardents défenseurs.

Politicien discret, il préférait le travail dans l'ombre, tout aussi efficace à son avis, bien que parfois ingrat dans une ère où tant d'acteurs politiques jouent du coude pour quelques instants de visibilité. 

Mais étonnamment, il a choisi de vivre sa maladie de manière très publique. Ralenti, il est tout de même demeuré très présent dans la région d'Ottawa qu'il avait adoptée après son enfance à Mattawa. Il a abandonné sa pudeur au vestiaire, faisant fi du malaise que provoquait dans le regard des autres la fulgurante sclérose amyotrophique latérale qui lui rongeait les muscles. Il a multiplié les sorties pour faire avancer les causes qui lui tenaient à coeur et que l'injuste sort lui dérobait sous les pieds.

Mauril Bélanger aurait voulu travailler encore pour améliorer la reconnaissance de la langue française dans la capitale et au pays, un mandat toujours inachevé. Il aurait voulu poursuivre son travail au nom des coopératives, un outil économique méconnu qu'il avait embrassé pendant la dernière décennie. Il aurait voulu offrir aux Canadiens anglais un hymne national dénué de genre. Il aurait voulu aider davantage l'Afrique. Il aurait voulu poursuivre son travail auprès des gens qu'il représentait dignement depuis 1995, particulièrement les plus démunis.

Cela aurait été un baume sur la plaie immense provoquée par sa maladie qui lui a volé une chance unique d'occuper la présidence de la Chambre des communes. 

Son dédain de la partisanerie aveugle qui obscurcit le travail parlementaire lui permettait de rêver à ce poste prestigieux dans lequel le Franco-Ontarien aurait posé sa pierre dans l'édifice de la démocratie canadienne, lui, un homme de convictions.

La vie en a voulu autrement. 

Par la suite, chacun de ses passages à la Chambre des communes aura été marqué de lourds sanglots et de larmes aux yeux, lui qui avait été jusque-là si discret, si pudique. Sa carrière aura été volée d'un noble idéal.

Mauril Bélanger peut tout de même s'enorgueillir d'une solide fiche comme élu. Pour la région, son action en coulisse, celle qu'il préférait, aura permis l'érection de la Nouvelle Scène, et évidemment, l'énorme sauvetage de l'hôpital Montfort. Cet immense travail d'équipe contre une décision illogique du gouvernement de Mike Harris s'est étiré sur plus de trois ans et le député d'Ottawa-Vanier aura été là, à tous les moments. En obtenant que Montfort offre des soins de santé à l'Armée canadienne, il a pérennisé le seul l'hôpital francophone dont l'essor ne se dément pas depuis.

Mais sa contribution qui lui a permis d'accomplir toutes les autres aura été le débat référendaire de 1995 dans lequel a été plongé Mauril Bélanger, tout récemment élu, à la première de ses 21 années en politique fédérale. Amoureux du Canada par dessus tout, il l'a défendu bec et ongles en contribuant au love-in de Montréal, un ralliement monstre qui a joué un rôle clef dans la victoire du Non, quelques jours plus tard.

Le drapeau unifolié sur son cercueil, il l'aura pleinement mérité et sa trop courte vie aura tout de même été bien remplie.

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