Mission accomplie

Graham Fraser... (Archives, La Presse Canadienne)

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Graham Fraser

Archives, La Presse Canadienne

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ÉDITORIAL / Graham Fraser a de la suite dans les idées. Le hasard des circonstances a fait qu'il aura passé une décennie à la tête du Commissariat des langues officielles, un poste qu'il quittera à la fin de l'été. Mais cela marque aussi un demi-siècle d'implication personnelle dans l'interminable débat linguistique au Canada. En ce sens, il pourrait bien s'avérer le commissaire qui aura le plus marqué la fonction, aux côtés de Keith Spicer qui fut le tout premier, en 1970.

Il était encore un tout jeune homme lorsqu'il a quitté sa famille anglophone pour un emploi d'été qui l'a mis en contact avec le français et le Québec. M. Fraser agissait par curiosité et par patriotisme, explique-t-il dans son livre « Sorry I don't speak French : ou pourquoi quarante ans de politiques linguistiques au Canada n'ont rien réglé... ou presque », paru en 2006. Il y offre un portrait passionnant du débat linguistique qui « est au coeur de l'expérience canadienne », mais qui en même temps divise le Canada depuis sa création. Minoritaires, les francophones ne s'y sentent pas accueillis à leur pleine valeur et les anglophones, majoritaires, se demandent pourquoi on en parle encore.

Seul un anglophone comme Graham Fraser pouvait reprocher à ses compatriotes d'avoir « échoué dans ses tentatives de prendre acte du fait français au pays » et pire encore, de refuser même « de reconnaître son échec en la matière ». 

M. Fraser y démontrait là son audace à livrer des constats sévères, mais justes.

Quelques mois plus tard, il était nommé Commissaire aux langues officielles. Plus tôt cette semaine, il participait à une rencontre éditoriale avec le quotidien LeDroit pour clore ce chapitre de sa vie.

Il croyait un peu naïvement que la fonction consistait à faire la promotion des deux langues officielles au pays. Il s'est retrouvé à en être en plus l'arbitre et à intervenir de peine et de misère, souvent dans l'ombre, pour qu'elles soient mieux respectées. Il cite dans son bilan la retransmission des Jeux olympiques de Vancouver en français « qui ne serait pas arrivée si je n'étais pas intervenu », ou la création du Programme d'appui aux droits linguistiques après que le gouvernement conservateur ait mis fin au Programme de contestation judiciaire, auquel les communautés linguistiques avaient recours pour défendre leurs droits. 

Il a déjà dressé la table pour le prochain commissaire, qui devrait être nommé en septembre. Il a préparé le terrain et encouragé le fédéral à donner au Commissariat plus de pouvoirs, comme celui d'imposer des amendes. Le débat sur le statut linguistique d'Ottawa est toujours irrésolu. S'il est évident que la capitale de ce pays bilingue doit l'être également, Ottawa est aussi une ville pour ses résidants. Pour qui doit-elle être bilingue ?

Son successeur sera en poste pour le 50e anniversaire de la Loi sur les langues officielles. Sa dernière révision en profondeur date de 1988 : c'était il y a près de 30 ans, à une époque « où le contexte technologique était totalement différent », a-t-il rappelé à propos d'Internet et des plateformes mobiles qui ont fragilisé les médias qui forgeaient un sentiment de communauté au sein des groupes minoritaires.

Après 10 ans au Commissariat, Graham Fraser tournera bientôt la page. Bien que de nouveaux aient émergé, les débats linguistiques des années 1960 ont été réglés. Ça avance. Lentement, trop lentement. Mais malgré tout, il peut dire : mission accomplie.

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