Tout ça pour ça

Le sénateur Patrick Brazeau... (Archives, La Presse Canadienne)

Agrandir

Le sénateur Patrick Brazeau

Archives, La Presse Canadienne

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

ÉDITORIAL / Les dernières accusations de fraude financière contre un sénateur ont été retirées, hier. Ceci marque un point final à toutes les enquêtes de ce genre qui ont entaché le Sénat et quatre de ses membres depuis deux ans et demi.

Il est presque temps de passer à autre chose. Il faut dire « presque », car la Chambre haute devrait profiter de l'accalmie que provoquera ce retrait des accusations pour revoir ses règles de fonctionnement. Elle devrait se soumettre à l'oeil inquisiteur du vérificateur général du Canada et non plus se fier qu'à son comité de la Régie interne, des budgets et de l'administration pour assurer les Canadiens que l'argent des contribuables est sagement dépensé. 

La décision du gouvernement de Justin Trudeau de ne nommer que des résidants permanents de chacune des provinces pour les représenter au Sénat devrait par ailleurs prévenir des situations potentiellement litigieuses comme celles de Mike Duffy et Pamela Wallin.

Il était de notoriété publique que M. Duffy demeurait à Ottawa jusqu'à sa nomination au Sénat pour représenter... l'Île-du-Prince-Édouard, sa province de naissance où il maintenait une résidence secondaire. Quant à Mme Wallin, elle a été nommée pour représenter la Saskatchewan, bien qu'elle était établie à Toronto. C'était d'ouvrir une boîte de Pandore que ces nominations de gens avec deux adresses.

Mercredi, le sénateur Patrick Brazeau a été blanchi de toute malversation similaire, bien qu'il ait lui aussi réclamé des remboursements de dépenses reliées à une résidence à Maniwaki, tandis qu'il habitait à Gatineau. En mai dernier, de semblables accusations ont été retirées contre Mac Harb, un ex-sénateur qui s'est fait rembourser des frais reliés à une maison à Cobden, puis une autre à Westmeath, en Ontario, qu'il déclarait comme « résidence principale » alors qu'il demeurait à Ottawa. Il a remboursé plus de 200 000 $ en dépenses non admissibles avant de remettre sa démission en 2013. Il était le seul libéral de ce tristement illustre quatuor.

Les contribuables canadiens ont ainsi assumé les dépenses douteuses de ces sénateurs et de plusieurs autres, une somme qui avoisinerait les 1,4 million de dollars, selon un rapport du vérificateur général du Canada.

Ce montant est non négligeable, évidemment. Mais il apparaît ridicule lorsque l'on apprend que l'enquête du vérificateur général Michael Ferguson a coûté quelque 21 millions $ et nécessité deux années d'efforts par son équipe qui a épluché quelque 80 000 transactions de 116 sénateurs.

En bout de ligne, 30 sénateurs ont été fichés pour des dépenses douteuses. 

Ce rapport revenu/dépense n'est pas sans rappeler la banque qui paie un timbre et une enveloppe pour poster un chèque de 35 cents, ou l'automobiliste qui parcourt 5 km pour économiser 25 cents sur un plein d'essence.

Évidemment, ni le vérificateur général ni le Sénat ne pouvaient prévoir qu'une enquête si exhaustive ne permettrait d'identifier si peu d'économies, sommes qui n'ont pas toutes été récupérées non plus. C'est le risque qu'il fallait prendre au plus fort de la crise en 2013 pour espérer rebâtir la confiance des Canadiens envers la Chambre haute.

Depuis l'abandon des accusations contre le sénateur Brazeau, une sombre page dans l'histoire du Sénat se tourne. Le récent débat sur le projet de loi fédéral sur l'aide médicale à mourir a mis en lumière un nouveau Sénat, moins partisan, mais avec tout autant d'opinions.

Souhaitons qu'il poursuive sur cette lancée.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer