Le Canada et l'UE, 40 ans plus tard

Marie-Anne Coninxs, ambassadeur de l'Union européenne au Canada... (Etienne Ranger, LeDroit)

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Marie-Anne Coninxs, ambassadeur de l'Union européenne au Canada

Etienne Ranger, LeDroit

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ÉDITORIAL/ Les accords de libre-échange ont mauvaise presse. Les sceptiques se demandent dans quoi leurs gouvernements les embarquent, justement au moment où le Canada s'apprête à ratifier l'Accord économique et commercial global (AECG, ou CETA en anglais), avec les 28 pays de l'Union européenne.

Au pays, des producteurs de fromage craignent que le système de gestion de l'offre finisse par passer dans le tordeur du libre-échange... et leurs fermes aussi. En Europe, de similaires suspicions se sont exprimées alors que la Grande-Bretagne a voté par référendum pour rompre ses liens avec l'Union européenne. L'AECG est donc menacé par ce Brexit qui n'avait, en apparence, rien à voir avec le Canada. 

Mais ce n'est plus le cas dans notre univers mondialisé où les ficelles tirées à un bout de la Terre provoquent des tensions aux antipodes.

Cet AECG devait marquer de brillante façon le 40e anniversaire de la Délégation de l'Union européenne au Canada, que Trudeau père (Pierre Elliott) avait conclue en 1976, et que Justin Trudeau devrait ratifier en octobre.

Aujourd'hui donc, rien n'est moins sûr. 

Ainsi, l'Accord économique et commercial devra passer le test des 27 parlements de l'Europe avant d'être formellement adopté. 

Avec l'accord raté du lac Meech, en 1990, le Canada est bien placé pour savoir que lorsqu'un projet d'entente est soumis à l'approbation d'autres élus, bien des circonstances peuvent mener à un déraillement. Sur l'AECG, deux pays ont pour le moment soulevé un inconfort : la Bulgarie et la Roumanie, parce que leurs citoyens sont les seuls de l'EU à être soumis à une exigence de visas, comme l'a souligné Marie-Anne Coninxs, ambassadeur de l'Union européenne au Canada, dans le cadre d'une longue entrevue avec le quotidien LeDroit, cette semaine. Elle se réjouissait que le Canada ait annoncé la fin des visas pour les Mexicains. Si le Mexique ne constitue plus une menace aux yeux de M. Trudeau, ce devrait être une formalité dans le cas de la Bulgarie et de la Roumanie...

Le Brexit a soulevé un vent d'interrogations en Europe face à ces accords négociés par des technocrates, aux ramifications obscures et parfois insoupçonnées, qui imposent des normes et des réglementations mal expliquées. La libre circulation des biens, des services et des personnes, c'est bien quand ça profite à nous, mais en Europe, les « plombiers polonais » sont devenus un symbole de ces travailleurs qui envahissent les pays voisins et « volent des jobs » aux « nationaux ». 

Les traités ne sont pas là pour affaiblir les normes en environnement ou en alimentation, souligne Mme Coninxs. En adaptant nos normes d'un pays à l'autre, elles peuvent au contraire faciliter les échanges. Nos architectes, ingénieurs et autres professionnels canadiens, incluant ceux en santé, pourront plus facilement travailler d'un continent à l'autre. Le transfert de véhicules entre les deux partenaires sera facilité avec l'adoption de normes similaires, etc. 

Ces exemples démontrent que la transparence est la clef de l'acceptabilité sociale des accords de libre-échange. 

La grogne européenne autour du Brexit fournit l'exemple que si on laisse courir les soupçons, l'opinion publique s'en nourrira. La transparence est la meilleure arme contre le scepticisme. 

L'ambassadeur Marie-Anne Coninxs rappelle que le premier traité Canada-Europe n'avait mis que six mois à négocier et à mettre en place. L'Accord économique et commercial est en pourparlers depuis six ans. Nous sommes en 2016. Les populations n'acceptent plus les choses tacitement comme avant.

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