Enchâsser l'offre active

Le commissaire aux services en français, François Boileau, encourage... (Martin Roy, LeDroit)

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Le commissaire aux services en français, François Boileau, encourage le gouvernement de l'Ontario de faire de l'« offre active » de services en français une « stratégie provinciale ».

Martin Roy, LeDroit

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ÉDITORIAL / Les Franco-ontariens le savent depuis longtemps : il faut une dose de cran et de patience pour exiger des services en français. Même de leur gouvernement, qui a pourtant adopté une loi en ce sens il y a plus de 25 ans.

Lors de consultations, ils expriment parfois une gêne à le faire. Ils ont l'impression de provoquer leur vis-à-vis en exigeant un service qui leur revient pourtant de droit. Ils peuvent même ressentir une peur d'avoir à se contenter de services de moindre qualité, ce qui est particulièrement crucial quand il s'agit de soins de santé. Parfois, ils se font même dire de « retourner au Québec » s'ils veulent du français... même s'ils sont nés en Ontario !

Le Commissaire aux services en français, François Boileau, l'a constaté : « Demander des services en français au Canada à l'extérieur du Québec peut être perçu comme un geste politique ». 

Pour désamorcer cette tension constante que ressentent les Franco-ontariens face à un service public - est-ce aujourd'hui la fois où on me parlera ma langue sans que j'aie à le demander ? - M. Boileau encourage le gouvernement de l'Ontario de faire de l'« offre active » une « stratégie provinciale ». Il demande aux ministères de soumettre un plan d'action sur l'offre active, et recommande que l'Office des affaires francophones en fasse la promotion.

À ce titre, le commissaire pêche par timidité administrative. Il faut aller plus loin et inscrire l'offre active dans la Loi sur les services en français. Toute mesure qui exige moins que ça se butera aux aléas de la nature humaine et aux freins de la bureaucratie.

Car il n'est pas difficile de prédire les limites de ces plans d'action et de ces suivis. La réponse vient du gouvernement fédéral. 

Au même moment que M. Boileau publiait son rapport spécial sur l'offre active en Ontario, son homologue fédéral Graham Fraser publiait ses propres observations sur le phénomène au fédéral. Le portrait y est très inégal.

L'offre active se décline sur plusieurs angles. Il y a l'aspect visuel, comme la petite affiche Hello/Bonjour ! qui invite les clients à s'adresser dans l'une ou l'autre des langues officielles. Il y a l'offre verbale, plus engageante, où la personne au comptoir se présente dans les deux langues. Il y a aussi les contacts au téléphone ou courriel. Le Commissaire aux langues officielles a ainsi évalué 32 organisations fédérales pour chacun des volets de cette offre active. Le bilan est assez désolant pour certains ministères comme Transport Canada, ou Ressources naturelles, ou même la Gendarmerie royale ! L'affichette est bien en vue... mais l'accueil bilingue chute à moins de 25 %, voire moins de 10 %. Pour une loi, rappelons-le, qui est en place depuis plus de 40 ans.

En Ontario, la Loi sur les services en français a 30 ans. Elle a des trous, notamment les régions non désignées bilingues.

Pourtant, le service au public ne relève pas que du caprice. Il y a des questions de droit, pour l'accès à la justice, et même des questions de vie ou de mort, pour les services en santé. Les populations vulnérables (aînés, jeunes, handicapés, etc.) sont encore plus à risque. 

L'automne dernier, l'Ontario a prononcé des excuses senties pour la promulgation de son Règlement 17. Une suite encourageante serait de mettre fin aux services aléatoires en français en inscrivant l'offre active dans la Loi.

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