Le caillou du Brexit

Le président américain Barack Obama s'adressera au Parlement canadien... (Molly Riley, AFP)

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Le président américain Barack Obama s'adressera au Parlement canadien mercredi après-midi, après une rencontre tripartite à Ottawa avec le premier ministre Justin Trudeau et le président mexicain Enrique Peña Nieto.

Molly Riley, AFP

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ÉDITORIAL / Un petit caillou s'est révélé sur le chemin du sommet de l'ALENA, qui aura lieu à Ottawa demain. Il s'agit évidemment de la victoire du Brexit, la camp anti-Europe qui a remporté une victoire étonnante au référendum du Royaume-Uni. Même si les sondages promettaient une issue très serrée, l'ampleur de la stupéfaction - d'un côté comme de l'autre ! - a été telle que c'est comme si personne ne croyait vraiment que le Brexit pouvait l'emporter.

Barack Obama rejoindra le président du Mexique, Enrico Pena Nieto, et le premier ministre Justin Trudeau, mercredi, et les échanges un peu pépère, ou en langage diplomatique, plus prévisibles, seront discutés plus rapidement pour laisser plus de place au sujet de l'heure dans le monde politico-économique : la menace du Brexit sur l'équilibre mondial.

Le référendum du 23 juin a clairement exprimé le voeu de la population du Royaume-Uni de sortir de l'Union européenne. Le résultat final de 52 % vs 48 % peut sembler bien proche - les Québécois savent ce qu'est un référendum serré ! - et quelques millions d'Anglais peuvent s'en mordre les pouces aujourd'hui en disant qu'ils ne voulaient qu'envoyer un message au premier ministre David Cameron, l'issue n'en est pas différente. Le Royaume-Uni a mis le doigt dans un fort complexe engrenage de détachement de l'espace européen et il est trop tard maintenant pour changer de cap. 

La décision s'avère forte en rebondissements de toutes sortes. Nous ne parlons pas que d'une Europe à 28 qui devient une Europe à 27. Nous parlons d'une Europe dont l'un des principaux maillons choisit de se retirer, même s'il n'était pas complètement entré (le Royaume-Uni avait refusé l'usage de l'euro, notamment). Ce résultat donne des ailes à tous ceux qui critiquaient l'Union européenne mais qui étaient considérés un peu comme des hurluberlus obsédés à défaire un édifice en train de se construire. Ces eurosceptiques comme la Française Marine Le Pen ont instantanément gagné en crédibilité. L'Union européenne en a pris un coup et ses pays membres doivent faire un examen de conscience sur un certain nombre de ses politiques. 

Le résultat du Brexit affiche clairement que le malaise de millions de contribuables face à l'incapacité de l'UE de contrôler les flots de population des pays membres de l'UE à la recherche d'un Eldorado tout comme des migrants en quête d'un peu de paix et d'espoir évaporé chez eux. Le mot « Brexit » lui-même rappelle le « Grexit » qui a le premier ébranlé le colonnes du temple européen, depuis 2010. Dans ce cas, c'était la Grèce et son incapacité à rembourser une dette galopante : les grands financiers mondiaux comme le Fonds monétaire international ont pas mal imposé une solution au peuple grec. Il n'y a pas eu grand sympathie car d'un peu partout, on a pointé du doigt les mauvaises pratiques du gouvernement grec et de ses contribuables eux-mêmes. Nous constatons aujourd'hui que la contagion du sentiment anti-Europe et anti-élite-qui-nous-dit-quoi-faire a fait des petits au-delà même de l'Angleterre. Assistera-t-on donc à une épidémie de référendums ?  

Voilà une partie du contexte dans lequel se retrouvent les trois chefs d'État qui ont rendez-vous à Ottawa, demain. L'Europe ne vit pas la même bonne entente que celle qui règne à la table de l'ALENA. Mais le monde n'est pas une île et jusqu'à quel point l'Amérique du nord pourra-t-elle se mettre à l'abri ?

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