Retraites: un geste courageux

ÉDITORIAL / Le fédéral agit de manière sage et prudente en bonifiant le Régime... (123RF)

Agrandir

123RF

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

ÉDITORIAL / Le fédéral agit de manière sage et prudente en bonifiant le Régime de pensions du Canada. Le gouvernement de Justin Trudeau livre la marchandise en s'attaquant en début de mandat à ce défi qui n'ira qu'en grandissant avec les années qui passent. Une augmentation graduelle des contributions auprès des travailleurs et des employeurs, entre 2019 et 2023, permettra d'amortir un choc financier pour tous et espérons-le, aura donné le temps à l'économie canadienne de se redresser d'ici là.

Bien des aînés ont de la difficulté à joindre les deux bouts. Un État moderne et riche comme le Canada doit prévoir, comme il le fait depuis 1965, une mesure pour aider financièrement les retraités. Il ne s'agit pas d'un cadeau de l'État mais bien une mesure d'épargne forcée, tirée à la fois de la poche des employés et des employeurs. La dernière réforme remontait à près de 20 ans et sur ces enjeux, il est vertueux de penser à très long terme, et dans l'intérêt des plus démunis. Bonifier les prestations de retraite de 13 100 $ par année à 16 500 $ contribuera à lutter contre la pauvreté et le lot de coûteux problèmes qui l'accompagnent : il est plus économique de prévenir aujourd'hui que de payer les pots cassés à l'avenir. 

Pendant 10 ans, les conservateurs de Stephen Harper ont résisté à l'appel de bonifier le Régime de pensions du Canada. Dans leur esprit, toute action en ce sens équivalait à une « taxe sur les salaires » dont les effets délétères sur l'emploi annuleraient les bénéfices pour la population en général. De fait, la seule proposition de ce gouvernement dans le domaine a été de repousser l'âge de la retraite de 65 à 67 ans. 

S'il existe déjà des outils essentiels comme le Régime enregistré d'épargne-retraite, trop de travailleurs ne l'utilisent pas, ou ne cotisent pas suffisamment. Idem pour le Compte d'épargne libre d'impôts. Mettre le poids de l'épargne tout sur les épaules des citoyens parce que cela relève des responsabilités individuelles équivaut à abdiquer le rôle de l'État comme stabilisateur et grand arbitre des conditions sociales au pays.

Ce rôle, fort contesté pendant les années conservatrices, a son importance et les libéraux en saisissent mieux la véritable portée, même s'il est vrai que de demander à tous les Canadiens et à leurs employeurs de mettre de l'argent de côté pour leurs vieux jours provoquera un léger ralentissement dans la création de l'emploi. 

Le fédéral a pris l'initiative entre autres parce que l'Ontario songeait à créer son propre régime de retraite. Un programme national vaut mieux qu'un ensemble disparate de régimes provinciaux, afin de créer des conditions similaires d'un océan à l'autre. Cela ne signifie pas qu'il faille empiéter sur l'autonomie des provinces ; le Québec et le Manitoba ont refusé l'entente fédérale. Mais le Québec devrait à terme ajuster son propre Régime des rentes pour le rapprocher de celui du fédéral, plutôt que de s'en éloigner. La spécificité économique et socio-démographique du Québec n'est pas si différente du fédéral sur le plan des retraites.

Ce geste difficile mais courageux du gouvernement de Justin Trudeau incarne une nouvelle approche de la gouvernance fédérale plus juste pour l'ensemble des Canadiens, particulièrement les plus pauvres. La société canadienne s'en portera mieux à long terme.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer