Rebâtir le civisme

Philippe Couillard a été agressé lors d'un rassemblement... (La Presse Canadienne)

Agrandir

Philippe Couillard a été agressé lors d'un rassemblement à la mémoire des victimes d'Orlando.

La Presse Canadienne

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

ÉDITORIAL / Jeudi soir, lors d'une cérémonie à la mémoire des victimes de la tuerie à Orlando, un militant LGBT s'en prend au premier ministre Philippe Couillard.

Le matin même, dans le nord de l'Angleterre, la députée Jo Cox tombe sous les coups d'un agresseur parce qu'elle se portait à la défense du lien entre son pays et l'Union européenne.

Pendant ce temps, à Montréal, le procès de Richard Henry Bain se poursuit ; on croit qu'il voulait s'en prendre à la nouvelle première ministre, Pauline Marois.

Pourquoi ces attaques ? Comment expliquer que certains aient recours aux armes plutôt qu'aux mots pour défendre leurs idées ?

Où s'en va notre société si des gens viennent déranger le discours public en attaquant jusqu'à la mort des gens avec lesquels ils ne partagent pas les idées ? 

D'accord, ce n'est pas nouveau que des politiciens soient la cible d'agressions, même au prix de leurs vies.

Rappelons quelques noms, presque au hasard : Abraham Lincoln, Pierre Laporte, les Kennedy, Salvador Allende, Benazir Bhutto, Rafic Hariri, Mahatma Gandhi, sans parler de dizaines de dictateurs aux quatre coins du monde. Des milliers ont été agressés, et ont survécu. 

Notre démocratie, qui n'est certainement pas sans failles, a peut-être été un rempart contre des abus. Du moins, on aimerait le croire. Donner la parole à ceux qui ne partagent pas nos idées, respecter leur droit à une opinion divergente jusqu'au point de les inviter à partager l'espace public, voilà ce que nous avons trouvé de mieux pour désamorcer la colère qui peut bouillonner dans certains esprits.

Étonnamment, cette ouverture ne semble pas avoir fonctionné dans le cas d'Esteban Torres, le jeune trans qui a porté un geste de menace à l'endroit de M. Couillard. Malgré la tourmente entourant son gouvernement, ce dernier venait pourtant de livrer un discours d'ouverture et de tolérance devant des centaines de sympathisants des mouvements gais et lesbiens. M. Torres avait pris la parole un peu avant. L'an dernier, il a témoigné devant l'Assemblée nationale des difficultés qui entourent la procédure de changement de sexe, une cause dont il avait fait un engagement politique. Il aurait aussi été associé à des mouvements comme le Pink Bloc, dont le nom rappelle le Black Bloc, mais pour les causes LGBT.

Les organisateurs de l'événement, Fierté Montréal, ont témoigné au Réseau de l'information n'avoir eu aucun indice du geste de M. Torres à l'endroit du premier ministre. Cela a eu l'effet contraire que ce que souhaitait Fierté Montréal. Au lieu de parler de tolérance au Québec, ce 17 juin a été passé à parler d'intolérance.

Mais au-delà de ces « loups solitaires » dont la rage éclate sans avertissement, nous devons tout de même constater une érosion du civisme. Les propos frustrés des tribunes téléphoniques d'antan se sont transportées sur les médias sociaux où les insultes se terrent derrière l'anonymat. Constamment, les usagers des sites comme Facebook constatent un regrettable laisser-aller qui, sans nécessairement basculer dans les menaces à l'intégrité physique et mentale, dépassent les bornes de la bienséance, une notion largement associée à un passé révolu. Et si ce n'était que le mot qui avait perdu de son sens ? Prenez celui qui vous plaît : politesse, bonnes manières, savoir-vivre, etc. Mais il faut retrouver cela. L'Ontario a mis en place des cours obligatoires de civisme : dans un monde qui en manque, ce moyen est à considérer.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer