Le poids de la Charte

Bernard Drainville... (Archives Le Soleil)

Agrandir

Bernard Drainville

Archives Le Soleil

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Le Parti québécois est en pleine course à la direction pour remplacer son chef démissionnaire Pierre Karl Péladeau. Ces transferts de pouvoir sont souvent une occasion de passer le flambeau à une autre génération. Cette transition paraîtra encore plus nette maintenant que Bernard Drainville a lui aussi confirmé son départ.

Le député de Marie-Victorin, sur la rive sud de Montréal, était sans doute le plus connu de la députation péquiste. Son style, son franc-parler, son approche et son dévouement à son parti et à la cause souverainiste ont rapidement fait de lui un des principaux visages de la politique québécoise. Il est même plus connu que les cinq candidats qui briguent la direction du PQ, les Alexandre Cloutier, Jean-François Lisée, Martine Ouellet, Véronique Hivon et Paul St-Pierre Plamondon.

Mais en même temps qu'il incarnait plusieurs qualités fort appréciées dans l'arène politique, Bernard Drainville portait aussi sur ses épaules le lourd fardeau de la Charte des valeurs québécoises. Ce document controversé, contre lequel LeDroit s'est dressé avec force à l'automne 2013, M. Drainville l'a fait sien avec une ardeur redoutable. Il l'a porté jusqu'aux élections anticipées que sa chef d'alors, Pauline Marois, a déclenchées l'hiver suivant. Une Charte de la laïcité qui allait trop loin, qui a contribué à la défaite du PQ, et pavé la voie à une étonnante victoire d'un Parti libéral redynamisé avec Philippe Couillard dont on ne se doutait pas encore des plans pour réduire à ce point les services de l'État.

Cette Charte a fini par le couler et lui colle à la peau encore aujourd'hui. Plusieurs de ses collègues, comme M. Lisée, affirment publiquement leur malaise avec certains éléments de cette Charte, mais M. Drainville, lui, ne peut s'en défaire.

Pendant quelques mois, il a cru qu'il pourrait tourner la page.

Lorsque Mme Marois a quitté le soir de son revers électoral, M. Drainville a vite été considéré comme l'un de ses successeurs potentiels. 

Mais le momentum derrière la candidature de Pierre Karl Péladeau était juste trop fort, et le poids de la Charte, trop lourd ; M. Drainville a reconnu tout cela et s'est rallié à mi-campagne. Mieux encore, il est devenu l'un des principaux lieutenants de « PKP ». C'est pourquoi le départ précipité de M. Péladeau, le mois dernier, s'est aussi avéré pour M. Drainville une occasion de réfléchir à sa carrière et à son avenir. À 53 ans, le moment était propice. Finalement, il retourne au monde des médias et coanimera une émission de radio à Québec. Ironie du sort, il y remplacera Nathalie Normandeau, une autre forte pointure politique, libérale celle-là, retirée des ondes depuis que des accusations criminelles qui découlent des révélations devant la commission Charbonneau ont été portées contre elle.

Bernard Drainville quitte à mi-mandat, lui qui avait plusieurs fois pesté contre les politiciens qui rompaient le « mandat moral » qui unit la population et ses représentants. Il n'a pas voulu en parler, hier, sauf pour souligner qu'en vertu d'une politique qu'il a lui-même mise de l'avant, il n'encaissera aucune allocation de départ. Ç'aurait été le comble puisqu'un emploi l'attend au détour, alors que ces « ponts » financiers ont été justement prévus pour amortir le choc de la retraite politique. 

Les Québécois n'ont pas fini d'entendre parler de Bernard Drainville. Il est fort en gueule, fort en opinion. L'avenir nous dira si la politique pourrait le happer une autre fois, ce que le principal intéressé n'a pas voulu écarter, hier.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer