La mauvaise foi d'Air Canada

Graham Fraser... (Archives, La Presse Canadienne)

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Graham Fraser

Archives, La Presse Canadienne

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ÉDITORIAL/ Après 45 ans de plaintes sans fin ni améliorations notoires, le commissaire aux langues officielles a finalement perdu patience avec Air Canada. Malheureusement, cette exaspération devant le transport national se solde par un aveu d'échec: l'opprobre de dizaines de motions blâmant Air Canada n'a pas suffi à provoquer une réaction correctrice et soutenue pour endiguer le flot de plaintes acheminées au commissariat.

«Les pouvoirs que je possède en vertu de la Loi sont insuffisants à l'égard d'Air Canada, admet Graham Fraser. Mes prédécesseurs et moi-même avons utilisé tous nos pouvoirs (...) afin d'amener Air Canada à mieux respecter ses obligations linguistiques, mais tous ces efforts n'ont pas été suffisants.»

Depuis 1970, six commissaires aux langues officielles ont tour à tour eu Air Canada pour cible. Par par vindicte personnelle, mais parce que les plaintes contre cette société étaient étonnamment nombreuses... et parce que la loi l'obligeait à offrir un niveau de service équivalent dans les deux langues officielles, au moins à partir d'aéroports desservant une importante population de langue française.

Face à ces agents du Parlement, une suite de présidents d'Air Canada ont multiplié les plans bien élaborés mais mal suivis, les mesures dilatoires pour gagner du temps, contesté devant les tribunaux, ou simplement ignoré le problème. Le dernier en poste est Calin Rovinescu, aussi chancelier de l'Université d'Ottawa, une autre institution tiraillée par ses services en français.

D'ailleurs, au moment même où le commissaire Graham Fraser rendait public son rapport spécial -- une mesure exceptionnelle utilisée une seule autre fois dans l'histoire --, Air Canada l'accusait d'«exagérer» un problème sans «fondement juridique». Du même souffle, elle se vantait de compter sur «94% des clients (...) globalement satisfaits ou extrêmement satisfaits de sa capacité de les servir dans la langue officielle de leur choix, ce qui représente une amélioration de trois points de pourcentage par rapport au résultat de l'an dernier.»

Et elle en rajoute (!), se vantant de ses «rigoureux efforts» au plan des langues officielles, dénigrant le nombre de plaintes (une cinquantaine par année depuis 2009) en comparaison aux 30 à 40 millions de passagers au cours de la même période.

En pourcentage, d'accord, c'est lilliputien. On fait bien parler les chiffres comme on le veut. Et combien de Canadiens sont résignés entre le douanier et les autres boiteux services aux voyageurs francophones? Combien de ces 94% «globalement ou extrêmement satisfaits» achètent la paix pour ne pas se retrouver dans les souliers du couple Linda et Michel Thibodeau, ces valeureux Franco-ontariens qui se sont retrouvés au coeur d'une croisade de 15 ans contre Air Canada, avec tout ce que cela comporte de railleries et de rares consolations?

Aujourd'hui, le Commissariat aux langues officielles réclame des pouvoirs accrus du Parlement pour forcer les délinquants d'habitude comme Air Canada. Des pouvoirs financiers, un peu comme le CRTC et le Commissariat à la vie privée en ont déjà.

Dans son programme électoral, le Parti libéra sous Justin Trudeau s'est engagé à «encourager et favoriser l'utilisation des langues officielles du Canada», et à «assurer que tous les services gouvernementaux soient fournis en conformité avec la Loi sur les langues officielles».

Avec ce rapport-massue sur l'ancienne société d'État qu'est Air Canada, Graham Fraser vient de fournir un outil en or à ce jeune gouvernement. Exigeons tous qu'il y donne suite de façon énergique.

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