Lait diafiltré et gestion de l'offre

CHRONIQUE / Les attaques reprennent contre le système de... (Alain Dion, Archives La Voix de l'Est)

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Alain Dion, Archives La Voix de l'Est

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CHRONIQUE / Les attaques reprennent contre le système de gestion de l'offre. C'est pourquoi des dizaines de producteurs laitiers, fièrement perchés sur leurs tracteurs, ont déambulé devant le Parlement jeudi. Ils défendent ce système qui leur assure depuis plus de 40 ans, des revenus décents en retour, il est vrai, de prix plus élevés pour les Canadiens.

Au Canada, les consommateurs de produits laitiers s'accommodent depuis longtemps de ces prix majorés; nous pouvons même dire que ces prix font partie de leur quotidien depuis si longtemps qu'ils ne s'en aperçoivent pas, ou ne s'en aperçoivent plus. Il n'y a que ceux qui voyagent aux États-Unis qui réalisent avec étonnement que le lait y est beaucoup moins cher. En 2016, le gallon de lait s'y vend pour un peu plus de 3$US, alors qu'il coûte au moins 1$ plus cher en Ontario, et 2 à 3$ plus cher au Québec.

Le système de gestion de l'offre protège les revenus des producteurs laitiers, tout comme ceux de leurs collègues qui produisent des oeufs et de la volaille. Les fermiers sont soumis à un mécanisme de quotas de production qui évite la surproduction et protège artificiellement des prix plus élevés.

Les producteurs laitiers ont longtemps craint que le gouvernement conservateur de Stephen Harper mette fin à la gestion de l'offre. Il ne l'a pas fait; au contraire, il l'a défendu avec force.

Mais M. Harper n'est plus là et les politiques du Parti conservateur pourraient changer. Le PC a d'ailleurs modifié son fusil d'épaule sur une question polarisante comme le mariage de personnes du même sexe. La gestion de l'offre pourrait être dans le collimateur. Surtout que le Canada réécrit quelques règles de commerce international ces années-ci, avec le nouveau traité Partenariat transpacifique, et celui avec l'Europe.

Le député de la Beauce, Maxime Bernier, qui se présente pour succéder à M. Harper, a d'ailleurs fait une sortie en règle contre la gestion de l'offre cette semaine. Pourtant, pas plus tard que l'automne dernier, en pleine course électorale, il la défendait encore... à l'image son chef.

Mais les producteurs laitiers, majoritairement au Québec, ont un problème encore plus pressant que la gestion de l'offre: celui du lait «diafiltré». Ce nouveau mot réfère à une nouvelle transformation par filtrage ultrafin. Produit aux États-Unis, ce lait est apprécié des grands transformateurs Saputo et Parmalat, car il échappe aux tarifs à la frontière. Le lait diafiltré profite d'une échappatoire juridique que le gouvernement fédéral tarde à calfeutrer. Chaque année, les volumes croissent: 32 000 tonnes importées en 2015 contre 21 000 tonnes l'année précédente, provoquant des pertes collectives de 200 millions $ dans les poches des producteurs canadiens, soutiennent-ils.

Seul de plus petits joueurs, comme la Laiterie des Trois Vallées, en Haute-Gatineau, se font un point d'honneur de ne pas utiliser de lait diafiltré. La coopérative québécoise Agropur vient par ailleurs d'annoncer qu'elle met fin à ses importations de ce lait. 

En campagne électorale, les libéraux de Justin Trudeau ont martelé leur détermination à défendre la gestion de l'offre. Il ne peut la défendre à moitié, et tolérer des brèches comme le lait diafiltré. Et si Saputo et Parmalat souhaitent une compensation administrative en retour? Nous défendrons les fermes familiales avant les multinationales laitières qui n'ont pas besoin d'aide pour engranger les millions.

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