Le beau slogan vide du 15$ l'heure

L'équilibre économique ne doit pas reposer sur des... (Graham Hughes, Archives PC)

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L'équilibre économique ne doit pas reposer sur des slogans qui sonnent bien, ou sur des compromis factices qui tranchent la poire en deux, souligne notre éditorialiste.

Graham Hughes, Archives PC

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ÉDITORIAL / Admettons-le d'emblée: ce n'est pas au salaire minimum que l'on vit décemment. La demande de milliers de Canadiens et d'Américains pour hausser ce salaire minimum à 15$ l'heure permettrait certes à bon nombre d'entre eux de sortir du cercle vicieux de la pauvreté, et ferait rouler l'économie. Mais avant d'accéder à ce souhait, il faut l'étudier à fond pour en connaître tous les impacts.

Que ce soit à 10,75$ l'heure au Québec ou à 11,25$ l'heure en Ontario, une personne seule arrive à peine à boucler ses fins de mois. La chose devient à peu près impossible s'il y a des enfants dans le portrait, même avec deux parents qui travaillent.

Il faut alors aller chercher toutes les aides possibles autour: celles de la famille, de la communauté et de l'État. Même là, les petits bonheurs sont rares.

La situation est encore plus difficile aux États-Unis où les frais prohibitifs de l'éducation postsecondaire et la menace de la maladie risquent de mener à la ruine.

Pourquoi 15$? Pourquoi pas 14$? Ou 17$? Ou 20$, tant qu'à y faire?

En fait, les employés de restaurant de fast food qui ont amorcé le mouvement du 15$ à l'automne 2012 y ont pensé, a rappelé le magazine Fortune. Mais 20$ leur semblait un objectif inatteignable. Ils avaient pensé à 10$ aussi, plutôt que le 7,25$ qui est le salaire minimum fédéral aux États-Unis. Mais ces travailleurs ont vite réalisé que 2,75$ d'augmentation ne les tirerait pas des griffes de la pauvreté; ils se sont donc ralliés autour de 15$, un beau chiffre rond qui tranchait la poire en deux.

Mais l'équilibre économique ne doit pas reposer sur des slogans qui sonnent bien, ou sur des compromis factices qui tranchent la poire en deux.

On ne s'étonnera pas que Québec solidaire appuie la proposition même si elle n'est validée sur aucune donnée canadienne.

Il faut appuyer nos politiques publiques sur des bases solides qui tiendront aussi compte de facteurs comme la rentabilité des petites et moyennes entreprises et les effets délétères de l'augmentation du salaire minimum.

Les travailleurs américains qui ont lancé l'idée du 15$ l'heure travaillaient pour de riches multinationales qui enrichissent plus leurs actionnaires que leurs employés tenus dans des salaires de misère. Ce n'est pas nécessairement le cas pour les PME qui forment la colonne dorsale de nos économies. Pour elles, une hausse de 33% (en Ontario) et de 39,5% (au Québec) comporte des impacts plus concrets.

De fait, il faut hausser le salaire minimum afin de contrer l'effet de l'inflation. Il faudrait même aller un peu plus vite, pour favoriser un certain rattrapage. Et - pourquoi pas? - considérer un revenu minimum garanti.

Mais l'on ne détermine pas cela sur un coin de table parce que ça sonne bien. Il faut étudier les conséquences à fond, car bien des PME réduiront les heures de travail ou ralentiront l'embauche si leur rentabilité est en jeu.

Le Conseil canadien de politiques alternatives suggère par exemple de fixer le taux horaire minimum à 60% du salaire industriel moyen, ce qui le porterait autour de 14,50$: déjà là, la réflexion se base sur du concret, et sur des données canadiennes. Mais cela ne tient pas compte des énormes disparités régionales qui peuvent exister, même au sein d'une même province.

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