Aveugle ou jovialiste?

Au terme de 10 années en poste, le commissaire... (Sean Kilpatrick, PC)

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Au terme de 10 années en poste, le commissaire Graham Fraser a présenté son dernier rapport, jeudi, et les progrès sont très minces.

Sean Kilpatrick, PC

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ÉDITORIAL / Il faut être un peu aveugle - ou un peu jovialiste - pour occuper le fauteuil de commissaire aux langues officielles du Canada. Au terme de 10 années en poste, Graham Fraser a présenté son dernier rapport, jeudi, et les progrès sont très minces.

M. Fraser n'est certes pas aveugle. Au contraire.

Brillant journaliste pendant plus de trois décennies, c'est son regard lucide sur le bilinguisme dans son livre de 2006, Sorry, I Don't Speak French, qui lui a ouvert la porte à sa deuxième carrière, celle de haut fonctionnaire de l'État. Il peut quitter la tête haute, bien que son plus récent bilan du bilinguisme au Canada ne porte pas à rire. Il se contente d'assez peu. D'où le qualificatif de jovialiste, car il faut l'être pas mal pour se satisfaire de si peu d'avancées.

Dans les premières lignes de son testament linguistique, M. Fraser conclut que l'évaluation sur 10 ans de 33 institutions «démontre que leur rendement global s'est amélioré».

Plus loin, il écrit que «la bonne nouvelle qu'après six changements de gouvernement depuis l'adoption de la Loi en 1969, la politique linguistique du Canada est toujours au coeur des valeurs et de l'identité canadiennes».

Aucun gouvernement depuis celui de Pierre Elliott Trudeau n'a osé défaire le fragile édifice de la dualité linguistique. Ouf. C'est se réjouir d'une bien maigre victoire.

Graham Fraser aura presque toujours servi sous le gouvernement conservateur de Stephen Harper. Il constate que «les effets des compressions budgétaires et des réformes institutionnelles se sont fait sentir». Le bilinguisme, victime de la récession de 2008? De conservateurs de l'ouest réfractaires au bilinguisme? Ce serait injuste. Peu importe la couleur, aucun gouvernement n'a fait le nécessaire pour réellement bilinguiser l'appareil fédéral, à tous les niveaux, dans toutes les régions où cela est nécessaire. Nous en avons une autre preuve récente avec l'amputation progressive du Bureau de la traduction.

Vrai, un réel bilinguisme fédéral coûterait cher, et les appels en ce sens viennent tous de la communauté francophone et de quelques francophiles. Tous les premiers ministres depuis Trudeau père ont ainsi préféré sacrifier le principe plutôt qu'investir dans une priorité qui n'est pas partagée par la majorité anglophone. C'est dans ce cadre qu'ont dû travailler les commissaires aux langues officielles.

Dans son dernier rapport, en 2006, Dyane Adam, la prédécesseure de M. Fraser, applaudissait le durcissement de la partie VII de la Loi sur les langues officielles, présentée par feu le sénateur Jean-Robert Gauthier. La loi aurait enfin des dents. M. Fraser aura voulu se servir de cet outil pour mousser ce qu'il a appelé l'«offre active» dans les deux langues officielles, le «bonjour/hello». Après une décennie d'efforts, là aussi, «la grande majorité des institutions fédérales avait de la difficulté à remplir ses obligations en matière d'offre active en personne et que celle-ci demeurait un maillon faible pour les institutions.»

Les dents n'auront mordu que du mou.

Chaque commissaire aux langues officielles s'accroche sur ce qu'il peut pour faire avancer ce dossier négligé. Aujourd'hui, Graham Fraser note avec encouragement, à l'approche du 150e anniversaire de la Confédération, en 2017, que le nouveau gouvernement de Justin Trudeau s'engageait dans son premier discours du Trône à «encourager et favoriser l'utilisation des langues officielles du Canada».

Voeu pieux ou réel espoir? La table est mise pour son successeur.

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