Leçon à retenir

L'histoire prend quand même un sens particulier parce... (Adrian Wyld, PC)

Agrandir

L'histoire prend quand même un sens particulier parce que les libéraux ont fait campagne en s'engageant de ramener au Parlement un peu plus de démocratie. À ce titre, le premier ministre Trudeau est tenu à des standards encore plus élevés.

Adrian Wyld, PC

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

ÉDITORIAL / Le geste d'impatience de Justin Trudeau à la Chambre des communes, mercredi, pourrait être rangé dans la colonne des petites idioties de l'histoire parlementaire canadienne. Il faut espérer que cela servira de leçon durable au premier ministre et à sa «jeune» équipe à l'effet que l'arrogance de la victoire électorale et la supériorité d'une majorité parlementaire sont de réelles menaces pour un nouveau gouvernement.

En soi, la scène était banale. Dans toutes les salles de réunion où les débuts des travaux traînent en longueur, qu'un patron s'impatiente et aille fourrer son nez parmi un groupe qui joue aux lambins, voilà qui est sans importance. Qu'il cogne accidentellement une personne - qui se tenait à côté - est une triste conséquence d'une étourderie pour laquelle le coupable s'est vite excusé.

Mais voilà, cela n'est pas arrivé dans un bureau quelconque, mais à la Chambre des communes! Sous l'oeil des caméras où tous les Canadiens ont pu juger du comportement de gens à qui l'histoire confère le titre d'honorable. Dans une enceinte teintée d'une séculaire tradition et de procédures, le geste de Justin Trudeau prend des proportions insoupçonnées. Ça ne se voit pas d'un parlementaire, et encore moins du premier ministre qui doit, comme chef de gouvernement, montrer l'exemple en tout temps.

Il s'est excusé immédiatement, mercredi, et a livré un acte de contrition bien senti jeudi. 

Cette histoire prend quand même un sens particulier parce que les libéraux ont fait campagne en s'engageant de ramener au Parlement un peu plus de démocratie. À ce titre, M. Trudeau est tenu à des standards encore plus élevés.

Le parallèle avec Stephen Harper est évident. Dans les semaines qui ont précédé la première élection de son gouvernement du Parti conservateur, il avait juré d'être plus blanc que blanc après le scandale des commandites qui avait ébranlé le Parti libéral sous Jean Chrétien puis Paul Martin. Quand les Bleus se sont mis à agir avec mépris du Parlement, cela paraissait doublement mal.

Jusqu'à tout récemment, le gouvernement de M. Trudeau voguait sur une ambiance de lune de miel. À l'étranger comme au pays, les libéraux ont clairement gouverné autrement et imprimé aux affaires de l'État un virage qu'une majorité de Canadiens souhaitaient. Environnement, parité du cabinet, réfugiés syriens, relations avec les Premières Nations, interventions au Proche-Orient et budget ne sont que quelques domaines où la population a pu apprécier qu'une nouvelle équipe était aux commandes.

Les décisions n'ont pas toutes été bienvenues mais M. Trudeau livrait par étapes le programme électoral qui l'a porté à la victoire.

Il y a eu un premier indice de dérapage avec le récent comité parlementaire chargé d'étudier la réforme du mode de scrutin. LeDroit a décrié que les libéraux s'y arrogent un pouvoir qui dictera les règles à tous les partis. Puis est arrivée la motion 6 visant à encadrer les débats aux Communes alors que le gouvernement veut s'assurer de faire adopter son projet d'aide médicale à mourir au plus tard le 6 juin, comme l'avait exigé la Cour suprême. Cela aussi aurait eu pour effet de restreindre les droits démocratiques au pays. 

Les événements des 36 dernières heures ont fait prendre conscience aux libéraux qu'ils allaient trop loin. Ils ont retiré M-6 jeudi. Il faut espérer qu'ils retiendront ces leçons pour tout leur mandat.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer