Une question de tolérance

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ÉDITORIAL / Depuis quelques semaines, les États-Unis s'entredéchirent sur une question finalement assez triviale mais qui va au coeur des valeurs d'ouverture et de tolérance: l'accès aux toilettes dans l'un ou l'autre de la dizaine d'États qui étudient présentement des projets de loi reliés aux droits des personnes transgenres.

Par chance, le Canada ne vit pas ce genre de déchirements. Alors que l'on soulignait, hier, la Journée internationale contre l'homophobie et la transphobie, la ministre de la Justice Jody Wilson-Raybould a déposé le projet de loi C-16 qui modifie le Code criminel (et la Loi canadienne sur les droits de la personne) pour y inclure la notion de «genre». Il y avait de la fierté dans l'air, et aucun manifestant devant le Parlement pour décrier la déroute de la société occidentale.

Le projet de loi sera sans doute adopté compte tenu qu'il s'agit d'une initiative qui émane d'un gouvernement majoritaire. À l'avenir, l'identité ou l'expression de genre pourrait constituer des facteurs aggravants lors de crimes motivés par des préjugés ou de la haine. Cela vise ainsi à protéger les personnes transgenres qui se disent victimes de préjugés ou de crimes haineux en raison de leur genre.

La très grande majorité des Canadiens ne s'interroge pas sur son identité sexuelle et pourrait croire qu'il s'agit d'un phénomène rarissime, et que le gouvernement ne cherche qu'à charmer certains groupes minoritaires dans leur quête du pouvoir. Rappel: ce projet de loi figurait parmi les engagements électoraux des libéraux de Justin Trudeau, une initiative qui ne serait jamais venue sur la table du temps des conservateurs de Stephen Harper, qui épousaient une vision bien plus «traditionnelle» de la société et des rapports humains.

Mais ce serait moins rare que l'on ne croit. Selon le Directeur de l'état civil du Québec, il y aurait eu 400 demandes de changement de la mention du sexe en 2015. Cinq fois plus qu'en 2014, peut-être un indice non pas que la pratique est plus populaire, mais que les transgenres se sentent plus à l'aise à assumer leur nouvelle identité sexuelle.

Les transgenres constituent toujours une infime partie de la population. Leur présence, il est vrai, force les Canadiens à repousser les frontières de leur propre tolérance. À ce sujet, les dernières décennies ont été fertiles en rebondissements et il faut comprendre que certains Canadiens aient de la difficulté à accepter le rythme des évolutions des mentalités que certaines questions suscitent. Lorsque nous avons grandi dans une société homogène, blanche et catholique, où même le simple divorce était perçu comme une tare, l'évolution des moeurs en Occident a parfois de quoi dérouter.

Il faut contrebalancer cela avec la douleur et les épreuves vécues encore aujourd'hui par les minorités de nature sexuelle. Les personnes homosexuelles rappellent avec douleur les difficultés rencontrées au moment de leur affirmation sexuelle, particulièrement celles qui l'ont vécue à l'époque où l'homosexualité constituait encore un crime parmi nous (c'est encore le cas dans plus de 75 pays dans le monde).

La situation est décuplée pour les transgenres qui sont la cible de regards questionnants, même ici. Il faut afficher une tolérance qui nous évitera le déchirant et nuisible tollé constaté aux États-Unis sur cette question.

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