Obsession référendaire

Pierre Karl Péladeau a annoncé sa démission de... (Photo Martin Chamberland, La Presse)

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Pierre Karl Péladeau a annoncé sa démission de son poste de chef du Parti québécois le 2 mai dernier.

Photo Martin Chamberland, La Presse

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ÉDITORIAL/ La démission de Pierre Karl Péladeau de la direction du Parti québécois, c'était il y a deux semaines à peine, mais cela nous semble déjà bien loin derrière. Trois députés n'ont pas mis de temps à déclarer leurs intentions de lui succéder. Il n'y manque que Martine Ouellet pour compléter ce qui devrait être un quatuor de candidats pour cette deuxième course à la direction en à peine plus d'un an.

Alexandre Cloutier était sur les rangs l'an dernier, tout comme Jean-François Lisée. Ce dernier s'est désisté à mi-course, voyant combien grande était l'avance de M. Péladeau. Un intellectuel féroce, il commence encore une fois avec un statut de négligé. Cloutier, sorti de nulle part l'an passé, a si bien fait en remontant jusqu'en deuxième place qu'il amorce cette course-ci avec le statut de favori. Certains appelaient même à son couronnement!

C'était sans compter de la candidature de Véronique Hivon dont le lustre du débat non partisan sur l'aide médicale à mourir continue de lui valoir l'estime de tous. D'une certaine manière, elle s'avère un peu l'équivalente de M. Cloutier, mais en femme.

Quant à Martine Ouellet, si elle se lance, elle a déjà ouvert son jeu: si tous les autres parleront de gouvernance, elle se campe clairement comme la candidature «économique» du lot, forte d'une carrière de près de 20 ans chez Hydro-Québec.

Économie, gouvernance ou pas, l'éléphant dans la pièce demeure l'article 1 du Parti québécois, celui sur la souveraineté du Québec. Quand les membres ne sentent pas suffisamment la ferveur indépendantiste de leur chef, ils lui font la vie dure. Dans le passé, Pierre-Marc Johnson, André Boisclair et Pauline Marois - voire même Lucien Bouchard et René Lévesque! - ont été la cible de souverainistes pressés qui réclamaient un plan clair pour l'accession à la souveraineté, ainsi qu'un échéancier béton.

C'est pourquoi, dès l'annonce de sa candidature, hier, Jean-François Lisée a fixé son calendrier référendaire sur 2022. Pourquoi dans six ans? Parce que son mentor, Jacques Parizeau, avait mis six ans, de 1988 à 1994, pour préparer le référendum du 30 octobre 1995. Cette cible somme toute arbitraire de six ans ne relève d'aucune autre logique. Pourquoi un gouvernement du Parti québécois ne pourrait-il pas déclencher un référendum en 2020 s'il estime que la victoire est à portée de la main? Pourquoi Jean-François Lisée, premier ministre, devrait-il mettre le couvercle sur la marmite nationaliste juste parce qu'en 2016, il a dit qu'il faudrait six ans plutôt que trois, ou quatre ou cinq, pour déclencher un référendum?

On le voit, le Parti québécois est toujours coincé dans sa mécanique référendaire ce qui l'affaiblit à chaque fois entre sa cohorte pressée qui veut l'indépendance tout de suite, et la population plus pragmatique qui a besoin d'être convaincue que la séparation est la meilleure voie d'avenir pour le Québec.

Entretemps, le PQ ne se concentre pas sur toutes les questions qui concernent les Québécois et qui passent avant les interrogations intestines sur leur avenir collectif. Cette obsession référendaire laisse le champ libre aux autres partis pour s'attaquer avec force à tous les enjeux des Québécois: l'éducation, la santé, le fardeau fiscal, le développement économique, la justice sociale, etc. Marcher et mâcher de la gomme en même temps, selon la boutade de Jean Chrétien, semble toujours difficile pour le PQ.

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