La SRC, un joyau à recentrer

ÉDITORIAL / Les dirigeants des télévisions privées ne digèrent... (Hugo-Sébastien Aubert, Archives La Presse)

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Hugo-Sébastien Aubert, Archives La Presse

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ÉDITORIAL / Les dirigeants des télévisions privées ne digèrent toujours pas que Radio-Canada regagne un peu du financement public qu'il a perdu sous les conservateurs.

Au lendemain du budget fédéral, en mars, TVA, Groupe Serdy Vidéo et Groupe V avaient fait une rarissime sortie conjointe pour décrier l'annonce d'une subvention supplémentaire de 675 millions $ sur cinq ans à la Société Radio-Canada. La présidente du Groupe TVA, Julie Tremblay, a profité de l'assemblée des actionnaires, cette semaine, pour répéter ses accusations de concurrence du diffuseur public, qualifiant les subventions de «chèque en blanc».

Certains multiplient les accusations contre Radio-Canada, une cible facile que l'on se plaît à attaquer à tort, sans réaliser le joyau qu'il est pour les Canadiens. 

Cependant, Mme Tremblay et ses acolytes ont raison de reprocher à la société d'État de venir jouer dans les plate-bandes de la télévision commerciale. 

LeDroit a plusieurs fois appuyé la Société Radio-Canada et la sortie de Mme Tremblay en offre une autre occasion. La société d'État reçoit trop peu de financement public. En 2011, la SRC recevait 33$ en moyenne par habitant. C'est presque quatre fois moins qu'en Allemagne (124$); trois fois moins qu'en Angleterre (97$); la moitié de ce qui est distribué en France, en Espagne et au Japon (67$); et encore bien moins que l'Australie (53$), auquel le Canada se compare souvent.

Évidemment, c'est 11 fois plus que les États-Unis (3$), le pays de référence pour bien des Canadiens.

Mais le Canada a fait le choix d'avoir un diffuseur national, et pas les États-Unis, et nous pouvons toujours revenir sur cette décision qui date des années 1930. Elle a été plusieurs fois confirmée par la suite avec l'expansion de ses services. Aujourd'hui, Radio-Canada/CBC est devenu une gigantesque entreprise qui se déploie en deux langues officielles et huit langues autochtones. Outre la radio et la télévision, sa présence Internet lui procure une accessibilité mondiale. Une partie des énormes coûts reliés au diffuseur national tiennent d'ailleurs à la nature même du pays, qui s'étend sur cinq fuseaux horaires et borde trois mers. Cela implique des frais qui n'ont aucune mesure avec la couverture médiatique dans les autres pays avec un diffuseur public.

Par ailleurs, les 675 millions $ sur cinq ans ne représentent pas un ajout sur ce que Radio-Canada recevait en 2000 ou 2005, par exemple. Le premier budget du gouvernement de Justin Trudeau n'a fait que desserrer le carcan financier dans lequel les conservateurs avaient coincé la SRC pendant leur décennie au pouvoir.

M. Trudeau en avait pris l'engagement en campagne électorale et c'est tout à son honneur d'avoir tenu parole.

Cela dit, le gouvernement doit rappeler à Hubert Lacroix, le patron de Radio-Canada/CBC que sa mission est d'être «la voix de la culture canadienne et à enrichir la vie démocratique du pays», comme le dit lui-même. Bien avant son arrivée, la société d'État s'était lancée dans une quête des cotes d'écoute qui la met en compétition directe avec le secteur privé.

Cet équilibre est parfois difficile à maintenir. Mais il est clair qu'en diffusant des émissions de variétés, qu'en misant sur les droits de retransmission de succès étrangers, qu'en lançant des réseaux comme Explora, Radio-Canada outrepasse son rôle.

Un recentrage s'impose.

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