Deux mots... lourds de sens

Le député d'Ottawa-Vanier, Mauril Bélanger, était de retour... (La Presse Canadienne)

Agrandir

Le député d'Ottawa-Vanier, Mauril Bélanger, était de retour à la Chambre des communes, vendredi dernier, pour défendre son projet de loi visant à modifier l'Ô Canada.

La Presse Canadienne

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

ÉDITORIAL / Il est difficile de faire la part des choses entre Mauril Bélanger, le député qui souffre d'une maladie dégénérative mortelle, et une cause qu'il défend - littéralement - avec l'énergie du désespoir. Depuis quatre ans, il propose de remplacer deux mots de la version anglaise de l'hymne national pour lui retirer toute allusion sexiste.

Dans la région de la capitale, au-delà des querelles partisanes, les gens ont du respect pour Mauril Bélanger, l'homme qui après quelques années de travail dans l'ombre, a succédé à l'illustre Jean-Robert Gauthier dans le fauteuil de député libéral d'Ottawa-Vanier. M. Bélanger a toujours agi de manière noble et digne, et depuis une dizaine d'années, a embrassé avec encore plus de vigueur la défense de la population franco-ontarienne dont il est issu. Entre autres combats.

Diagnostiqué de la maladie de Lou Gehrig, l'automne dernier, la santé de Mauril Bélanger est source de préoccupation. Son état se dégrade rapidement et il est difficile de ne pas être bouleversé devant la rapide dégénérescence dont il est victime alors qu'il amorce ses 60 ans. Vendredi, il a pris congé d'un long séjour à l'hôpital Montfort pour revenir à la Chambre des communes dans l'espoir de faire avancer son projet de loi privé sur l'hymne national.

Homme fier, attaché à ses principes et à l'histoire canadienne, M. Bélanger n'a pas craint de tourner le dos aux traditions en tentant de biffer deux mots d'une partie de la version anglaise (In all thy sons command) pour lui préférer une tournure neutre (In all of us command). C'était en 2013 et la proposition a été défaite par la majorité conservatrice.

Ce n'était même pas la première fois qu'une telle proposition était avancée. D'autres avant lui avaient tenté de ramener l'hymne à sa version neutre... car les mots « thy sons » n'étaient même pas dans la version originale de 1906. Ils ont été modifiés en 1913.

Croyant qu'il aurait plus de chance avec les libéraux au pouvoir, M. Bélanger a repris le flambeau à l'automne. C'était sans savoir que la sclérose latérale amyotrophique, entre autres, se dresserait sur son chemin.

Les conservateurs ont une fois de plus contrecarré ses plans. Vendredi, ils ont refusé de prolonger le débat sur la motion de l'hymne national. Cela aura pour effet de repousser la discussion à l'automne. Qui sait si Mauril Bélanger sera encore aux Communes pour en débattre ?

Évidemment, ce n'est pas parce que la proposition vient d'un député gravement malade que les Communes auraient dû l'accepter sine die.

Mais elle ne porte pas au scandale, ni ne changera le monde. Elle fait plus office de symbole.

Des conservateurs s'opposent en invoquant la tradition. D'autres, des sondages à l'effet que les Canadiens ne seraient pas en faveur. Lorsqu'ils formaient le gouvernement, ils ne s'inquiétaient pas tant de l'opinion publique ! Et puis, le voeu du peuple n'est pas le seul guide des dirigeants. Les minorités seraient bien mal en point s'il fallait toujours écouter la voix de la majorité.

Depuis des années, l'Occident revoit ses façons de faire. Il se fait plus tolérant, plus ouvert. Les deux mots ne relèvent pas du révisionnisme historique à la soviétique alors qu'un pan de l'histoire était biffé pour l'éternité, mais juste une modification mineure pour témoigner de plus de respect envers la moitié de la société.

Les Communes ont raté une belle occasion d'arriver en 2016. Quand elle se représentera, espérons que la sagesse prévaudra.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer