Recensement et la loi du nombre

Le recensement 2016 marque le retour du questionnaire... (PHOTO SEAN KILPATRICK, ARCHIVES PC)

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Le recensement 2016 marque le retour du questionnaire long. L'Enquête nationale sur les ménages qui l'avait remplacé en 2011 avait été remplie par seulement 69 % des personnes contactées.

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ÉDITORIAL / Aujourd'hui, les Canadiens ont une dernière occasion de compléter le recensement 2016. Ce devoir citoyen a autant de poids que celui de l'élection, et ses conséquences peuvent être aussi importantes. Mais sans qu'ils ne s'en aperçoivent à première vue...

Un nouveau gouvernement agit de manière souvent concrète pour améliorer le sort de ses citoyens. Parfois très vite aussi : le retour au questionnaire long obligatoire du recensement a été l'une des premières mesures annoncées par Justin Trudeau, dans les jours qui ont suivi sa victoire électorale du 19 octobre 2015. Il lui fallait agir rapidement car le recensement est un processus scientifique complexe et long, et il fallait donner du temps à Statistique Canada pour qu'il prenne les mesures pour s'ajuster à la nouvelle directive du gouvernement.

Un changement de gouvernement donne parfois des résultats concrets très rapidement.

Le recensement, lui, donne des résultats concrets... très lentement. Il s'écoulera habituellement des années entre la récolte d'informations sur les citoyens et la modification d'une offre de services sur le terrain.

Les francophones du Canada, même ceux du Québec, ont besoin de la loi du nombre pour justifier leur place au sein du pays, et pour obtenir le niveau de services auxquels ils ont droit, car ils sont des contribuables à part entière qui ne doivent pas être desservis comme des citoyens de seconde zone.

Cette référence au nombre se retrouve jusque dans la Charte des droits et libertés, au paragraphe 23.3, qui reconnaît le droit à l'enseignement « là où le nombre des enfants est suffisant ».

C'est ainsi que des francophones perdent leurs droits linguistiques car ils sont éparpillés sur un trop large territoire.

Ce nombre, si c'est l'État qui le fixe, c'est le recensement qui l'évalue. Comme lorsque l'Ontario fixe à 5000 le nombre de francophones afin qu'une région soit désignée bilingue, et que la province s'y engage à fournir des services dans la langue de Molière.

Pas de recensement complété pour affirmer sa langue « maternelle et toujours comprise », pas de 5000, pas de région désignée bilingue, pas de services.

C'est aussi simple que ça.

Voici comment le Commissaire aux services en français, François Boileau, le résumait sur les ondes de TFO, en octobre dernier : « Sans le recensement long, nous n'étions plus capables d'avoir un profil complet de la communauté franco-ontarienne, notamment de connaître son taux de scolarité, son niveau d'éducation, le genre d'emplois qu'elle occupe, son niveau de salaire... Autant d'informations essentielles pour prévoir des programmes. »

Si les francophones minoritaires doivent se faire un point d'honneur de compléter le recensement - et tout particulièrement le questionnaire long - c'est qu'il y a six ans à peine, des leaders de la communauté sont montés aux barricades pour lutter contre la décision du gouvernement de Stephen Harper d'y mettre fin sous des prétextes fallacieux. En 2010, les francophones ont protesté et dit bien fort qu'ils avaient besoin d'un recensement scientifiquement fiable pour savoir combien ils étaient, et où. Ce serait un message d'une criante apathie s'ils ne se donnaient pas la peine de se servir de l'outil du recensement que le gouvernement de Justin Trudeau leur a redonné.

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