Le casse-tête Uber

Les développements technologiques sont là pour rester. Qu'il... (Olivier Jean, Archives La Presse)

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Les développements technologiques sont là pour rester. Qu'il s'agisse de l'industrie du transport ou ailleurs, il est illusoire de croire que l'on pourra résister à la technologie lorsqu'elle repose au bout de nos doigts.

Olivier Jean, Archives La Presse

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ÉDITORIAL / Après des mois d'hésitations, Québec s'apprête à déposer son projet de loi concernant une industrie du taxi que la société Uber bouleverse. Il n'est pas trop tôt.

Le cabinet de Philippe Couillard, qui a de la difficulté à gérer autre chose que l'austérité, n'avait pas de raison de tergiverser encore des mois sur cet enjeu industriel qui est, faut-il le reconnaître, parsemé d'embûches.

Peu importe les territoires où Uber a tenté des percées dans le monde, certains principes directeurs s'appliquent. Étonnamment, bien peu de gouvernements ont réussi à imposer un cadre fiscal et réglementaire qui permet une certaine cohabitation entre Uber et l'industrie traditionnelle des taxis. La Ville d'Ottawa l'a tenté; nous verrons à l'usage si leurs recommandations tiendront la route.

D'abord, quelques observations.

Les développements technologiques sont là pour rester. Il est illusoire de croire que l'on pourra résister à la technologie lorsqu'elle repose au bout de nos doigts. Et l'application pour téléphones intelligents d'Uber a démontré qu'elle était plus conviviale, plus rapide et plus fonctionnelle que celles des taxis traditionnels qui tirent de la patte à ce chapitre. À Ottawa, les deux grandes compagnies de taxi, Blue Line et Capital, n'ont dévoilé leurs applications que depuis quelques mois - et elles demeurent incomplètes. Il n'y a qu'à Montréal où l'entrepreneur Alexandre Taillefer tente, au coût d'investissements importants, de réécrire les règles de l'industrie du taxi avec ses chauffeurs payés à l'heure et des véhicules électriques moins polluants. 

Ensuite, les chauffeurs de taxi perdront beaucoup dans cette transition, surtout ceux qui ont payé cher leurs permis - à l'instar des artistes, des producteurs culturels, des propriétaires de médias, etc.

Le progrès, s'il en est un, ne fait pas que des gagnants. 

Les jeunes ont tout particulièrement été les premiers à adopter le modèle Uber. Mais s'ils montrent le chemin, ils sont trop souvent insouciants des conséquences de leurs choix. Le piratage de musique et d'autres contenus culturels dans lequel ils se sont lancés sans réfléchir au début des années 2000 a forcé ces industries à se moderniser et les gouvernements à réagir. Ce ne sera pas différent pour l'industrie du taxi.

Enfin, il ne faut pas être naïf et associer Uber au concept de l'économie du partage. La mise en commun d'une tondeuse à gazon ou d'une automobile entre plusieurs «propriétaires», qui sont des formes de coopération, n'a rien à voir avec Uber. Nous avons devant nous une société étrangère qui prélève automatiquement une part de la somme que l'usager paye; le propriétaire du véhicule empoche la différence, et se débrouille avec ses frais. 

Uber tire une partie de son avantage concurrentiel par l'évasion fiscale, tant la sienne que celle des chauffeurs. Cela demeure intolérable. Uber et ses chauffeurs doivent participer comme tous les autres contribuables à l'entretien des routes et au maintien des services publics reliés au transport. La réglementation qui encadre les chauffeurs de taxi doit s'appliquer aux gens d'Uber, pas de façon précise mais équivalente, de manière à protéger la population. 

Québec peut penser à interdire Uber, mais il ne réussira pas, tout comme un gouvernement ne peut enrayer le commerce de matières illicites. Dans le cas de la marijuana, le gouvernement de Justin Trudeau croit qu'une légalisation pour l'encadrer est la voie de l'avenir. Québec devrait s'inspirer d'un principe similaire dans le cas d'Uber.

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