Un bien maigre héritage

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Sous Pierre Karl Péladeau, le parti de René Lévesque aura fait du surplace, alors que les conditions étaient pourtant réunies pour un bond en avant.

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ÉDITORIAL / Le Québec digère encore l'étonnante nouvelle de la démission de Pierre Karl Péladeau de la direction du Parti québécois. Mais il est déjà arrivé le moment de jauger son héritage. Il n'aura été en poste qu'un an, ce qui est bien peu pour faire une différence dans le monde si complexe de la politique; malgré tout, il faut constater un bien maigre bilan.

Un an plus tard, les sondages indiquent un PQ toujours minoritaire, avec des taux d'appui constamment autour de 30%, ce qui correspond à sa base traditionnelle. Sous M. Péladeau, le parti de René Lévesque a donc fait du surplace, alors que les conditions étaient pourtant réunies pour un bond en avant. Le Parti libéral a passé la dernière année à patauger de crise en conflit: les réformes controversées en santé du Dr Gaétan Barrette, les défis permanents de l'école publique sous-financée, les accusations de corruption concernant Nathalie Normandeau et Marc-Yvan Côté, la porte tournante du conseil des ministres avec les départs ou absences des Pierre Moreau, Yves Bolduc, Robert Poëti, Luc Fortin, Lise Thériault et Sam Hamad.

Ces cafouillages auraient offert à tout politicien doué et d'expérience une occasion de grimper dans l'opinion publique. Pierre Karl Péladeau, encore dans une courbe d'apprentissage, ne s'est pas montré à la hauteur du défi, immense il faut l'avouer. Pour un homme que l'on associait aux médias, il a démontré une incapacité à maîtriser le discours public. On a alors réalisé qu'il était bien plus un magnat de la finance que du verbe.

Si l'on retourne plus loin encore, son héritage ne brille pas davantage. En avril 2014, Pauline Marois l'a présenté comme un trophée pour l'option souverainiste. Son poing levé a plutôt aidé à la mobilisation des forces fédéralistes et à la défaite du PQ. Quand il a prononcé qu'il souhaitait «faire du Québec un pays!», les libéraux tenaient leur cible et ne l'ont pas lâchée.

L'adhésion de M. Péladeau au PQ n'a pas non plus provoqué d'effet d'entraînement au sein de la communauté d'affaires. Le Québec Inc. l'a laissé aller seul au front.

Tout au long de sa campagne à la direction, et après sa victoire, il a porté comme un boulet son titre de magnat de la presse, ce que Jean-François Lisée a lui-même qualifié de «bombe à retardement» pour le PQ. La société-écran qu'il avait mise en place n'aurait pas fonctionné, mais les Québécois la toléraient tant que M. Péladeau était dans l'opposition.

Ils fermaient aussi les yeux sur ses positions antisyndicales qui allaient à l'envers de la tradition sociale-démocrate du PQ. Pierre Karl Péladeau a tenté de rebâtir les ponts avec le milieu syndical, et ça sonnait un peu faux. Bien des électeurs souverainistes se sont désaffiliés d'un Parti québécois sous «PKP», et les sondages le reflétaient. Ces positions vouaient par ailleurs à l'échec tout rapprochement avec la gauche nationaliste de Québec solidaire et d'Option nationale. Divisés, les souverainistes ne peuvent rêver au pouvoir et à une victoire référendaire; Pierre Karl Péladeau n'a pu colmater les brèches intellectuelles des indépendantistes.

L'«étoile filante», comme LeDroit le qualifiait dans notre édition de mardi, n'aura pas eu le temps de briller. Les Québécois ne sauront même pas s'il en aurait été capable.

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