L'étoile filante politique

Pierre Karl Péladeau n'aura fait que passer en... (Ryan Remiorz, La Presse Canadienne)

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Pierre Karl Péladeau n'aura fait que passer en politique.

Ryan Remiorz, La Presse Canadienne

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ÉDITORIAL / La bombe lancée par Pierre Karl Péladeau - son départ de la direction du Parti québécois et de la vie politique - n'a d'ampleur que le profond déchirement qui se lisait sur son visage lorsqu'il a trouvé la force de dire quelques phrases à ce sujet, lundi.

Il n'avait pas prononcé un seul mot que son langage non verbal disait tout. 

Le public avait devant lui un homme torturé entre sa famille et son rêve de mener le Québec à une indépendance encore bien improbable, mais à laquelle il jure croire encore. 

N'oublions pas non plus que l'homme politique qu'il était devenu demeurait profondément réfractaire à l'idée qu'il devrait définitivement tourner le dos à Québécor, l'entreprise que son père avait bâtie dès les années 1960 jusqu'à son décès en 1997.

Aucun présage, aucun signe annonciateur. Pierre Karl Péladeau, impulsif comme le sont bien des gens d'affaires qui flairent une occasion, n'a rien dit, rien laissé transparaître. Au contraire, il y a une semaine à peine, il tendait un rameau d'olivier à Québec solidaire dans le but de réunir les forces indépendantistes du Québec. Quelques jours plus tard, il montrait la porte à son controversé chef de cabinet Pierre Duchesne. Ce ne sont pas des gestes évocateurs d'une personne sur le point de quitter ses fonctions.

Une seule chose est arrivée depuis. En instance de divorce de Julie Snyder qu'il a mariée en grande pompe il y a quelques mois à peine, elle a livré un témoignage touchant à la télévision, à l'émission Tout le monde en parle. Elle y avoue que les échanges avec le père de ses enfants s'avèrent «un défi», mais se dit optimiste d'en arriver à un terrain d'entente. 

L'animatrice de télévision a aussi fait ses sacrifices. Elle a liquidé son entreprise, Productions J, sur l'autel de la politique: elle s'y est résignée parce que la carrière de son ex-mari l'exigeait. Un Pierre Karl Péladeau dont elle dit qu'il est «mes repères, mes frontières, mon pays». 

On imagine mal plus grande déclaration d'amour, même au passé, pour ce couple dont c'est la seconde séparation après 15 ans de vie commune.

M. Péladeau n'est que le dernier politicien à invoquer ses enfants pour son départ de la vie publique. Il s'agit souvent d'une réponse échappatoire. Il est vrai qu'il y a peut-être des raisons politiques derrière tout cela. Sous sa gouverne, le PQ tardait à redémarrer. Le message d'austérité du Parti libéral du Québec, qui aurait dû donner des ailes à l'opposition, n'a rien propulsé pour le PQ. 

M. Péladeau devait bien voir qu'il devrait ramer encore deux grosses années, jusqu'aux prochaines élections provinciales, pour espérer voir une lumière au bout du tunnel. Et encore. Travailler deux ans, peut-être six, et sacrifier sa famille et l'entreprise familiale pour un bien hypothétique résultat? Pierre Karl Péladeau a dû tout soupeser cela en quelques heures et conclure, en l'homme impulsif qu'il a toujours été, que l'enjeu n'en vaut pas la chandelle. D'autres prendront le flambeau, le parti survivra. Lui qui a perdu sa mère à 14 ans, il pourra retrouver ses enfants et leur offrir la famille qu'il n'a jamais vraiment eue. 

Pierre Karl Péladeau aura été une étoile filante de la politique. Arrivé de manière inattendue, parti de manière tout aussi surprenante.

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