Super-cliniques pour super-patients

Chaque décennie amène dans le paysage sa structure.... (Martin Roy, Archives LeDroit)

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Chaque décennie amène dans le paysage sa structure. Et les super-cliniques de Gaétan Barrette ressemblent étrangement aux premiers CLSC.

Martin Roy, Archives LeDroit

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ÉDITORIAL / Gaétan Barrette devrait se garder une petite gêne en parlant du réseau de quelque 50 super-cliniques dont il veut doter le Québec d'ici la fin 2018. Chat échaudé craint l'eau froide et les Québécois, cibles de nombreuses promesses en santé depuis 20 ans, sont sceptiques... avec raison.

C'est encore plus vrai en Outaouais où la situation est encore plus catastrophique. C'est un peu en raison de la proximité avec l'Ontario qui exerce toujours une double pression sur l'Outaouais. Il y a cette pression négative sur le personnel en santé, attiré par des conditions de travail moins chaotiques, des salaires plus avantageux. Et cette pression positive de l'Ontario qui accueille le surplus de malades québécois, entre autres pour des soins surspécialisés comme à l'Institut de cardiologie et au Centre hospitalier pour enfants d'Ottawa (CHEO).

Tout cela rappelle que Gatineau et l'Outaouais sont bien, bien loin de Québec et du ministère de la Santé, loin de Montréal aussi.

Le ministre Barrette ne parle pas d'une révolution, mais ce n'est pas l'envie qui lui manque. Ces futures institutions représentent «un point tournant significatif dans la transformation de notre réseau», dit-il.

C'est à peu près le même discours qui a été servi aux Québécois avec la création des CLSC en 1972. Ils l'ont entendu lors de la mise en place du «virage ambulatoire» sous Jean Rochon, en 1987, charabia bureaucratique qui voulait simplement favoriser les chirurgies rapides et les congés de l'hôpital la journée même pour lutter contre l'hospitalisation à outrance. Il y a eu les Régies régionales de santé et de service sociaux, rebaptisées Agences en 2006, puis Centres intégrés par la suite. Tout récemment, la clef de la santé au Québec reposait sur les GMF, ces groupes de médecine familiale qui allaient marier un médecin avec tous les patients orphelins.

Chaque décennie amène dans le paysage sa structure qui deviendra le maillon qu'il manquait dans le continuum du réseau. Parfois on défait, parfois on ne fait que rebaptiser, souvent on créée, on ajoute, on alourdit. Les super-cliniques de Gaétan Barrette ressemblent étrangement aux premiers CLSC - un rappel que fait Québec solidaire. On a retiré les soins de première ligne aux CLSC à qui on n'a laissé que la prévention. On aurait pu leur redonner et les renommer super-CLSC quant à faire. Ainsi, l'Outaouais en aurait eu huit, pas cinq. Et tout de suite, pas en 2018. Non, il fallait donner l'impression de faire neuf. Même les GMF ne se qualifieront pas toutes.

La description que fait le ministre Barrette des services qui seront offerts dans les super-cliniques est attirante, surtout l'ouverture 12 heures par jour contre laquelle se bat déjà - elle a été vite sur le piton! - la Fédération des médecins omnipraticiens, qui défend les conditions de travail de ses membres qui ne veulent pas être forcés de travailler en soirée, déjà qu'on les oblige à faire un tour à l'urgence pour réduire la crise d'accessibilité.

Est-ce que ça fonctionnera? Comme pour toutes les autres réformes, on verra, on espère.

Et où recrutera-t-on les médecins? À la future École satellite de médecine de l'Université du Québec en Outaouais, faut-il croire. Ça, le ministre Barrette a oublié de l'annoncer. Un oubli, sans doute.

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