La mission verte de Trudeau

Le premier ministre Justin Trudeau ratifie l'accord de... (Jewel Samad, AFP)

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Le premier ministre Justin Trudeau ratifie l'accord de Paris sur le climat, à New York, le 22 avril.

Jewel Samad, AFP

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ÉDITORIAL / Justin Trudeau jouissait de toute évidence du soleil qui brille sur les nations, comme le Canada, qui ont signé l'entente internationale COP21, vendredi à New York. Pendant ce temps, se poursuivent les plans pour la construction d'oléoducs pour transporter le pétrole des sables bitumineux de l'Alberta et de la Saskatchewan.

Là où certains voient une contradiction fondamentale, le premier ministre y perçoit un défi pour un politicien canadien qui doit concilier les intérêts divergents de toutes les régions du pays.

Sans trop claironner sur tous les toits qu'il est favorable aux oléoducs, Justin Trudeau envoie quand même des messages assez peu équivoques en ce sens.

Devant des étudiants de la New York University, jeudi, il a rappelé qu'il avait été en faveur du pipeline Keystone XL que le président Barack Obama a finalement rejeté en novembre dernier. Malgré le penchant vert de son jeune auditoire, il n'a pas craint non plus de leur dire que l'économie canadienne basée sur les ressources naturelles n'allait pas changer. Comprendre ici que le Canada continuera d'extraire du pétrole de son sous-sol, et de façon corollaire, qu'il faudra bien trouver une manière de l'acheminer vers les consommateurs d'une manière ou d'une autre. Incluant l'option des oléoducs, tant celui qui mènera vers le Pacifique et les marchés asiatiques, que celui d'Énergie-Est jusqu'au Nouveau-Brunswick, traversant le Québec et son tollé de protestations.

Les processus d'évaluation environnementale se poursuivent, dont celui du Québec avec son Bureau d'audiences publiques en environnement.

Mais il serait très étonnant que des émissaires du gouvernement Trudeau ne soient pas déjà à pied d'oeuvre dans différentes régions du pays pour, à défaut de bâtir des consensus, de réduire les obstacles et calmer les appréhensions des citoyens qui craignent avec raison un éventuel déversement accidentel de bitume. Parmi les gens à convaincre aussi: TransCanada et les autres exploitants d'oléoducs afin qu'ils mettent en place de bien meilleures mesures d'urgence qu'actuellement. L'acceptabilité sociale d'un réseau national d'oléoducs se bâtira sur de telles bases, pas sur du flou et des assurances vagues que tout ira bien.

Une telle stratégie pour convaincre les Canadiens fonctionnera certainement mieux que celle des conservateurs de Stephen Harper, qui ont notamment trituré les normes environnementales pour qu'en soient soustraites les entreprises pétrolières. Neuf ans d'efforts en ce sens n'ont rien donné.

L'autre argument que le gouvernement Trudeau mettra sûrement de l'avant pour faire accepter des oléoducs, c'est le fait qu'une réelle politique environnementale canadienne ne tient pas qu'au seul pétrole des sables bitumineux. Ils sont la principale source de gaz à effet de serre du pays, à 28%. Mais pas loin derrière se retrouve tout le secteur du transport routier, à 23%. Si le Canada imaginait, avec les provinces et les municipalités, des programmes pour électrifier les transports par exemple - à l'instar du Québec -, il se rapprocherait de sa cible d'émissions de GES.

Justin Trudeau doit trouver une manière d'accommoder à la fois les provinces productrices de pétrole et les autres. Convaincre que l'extraction peut continuer - et même être plus verte -, tout en travaillant à réduire les GES dans tous les autres secteurs d'activité des Canadiens. Ce n'est pas une mince tâche, mais il ne semble pas frileux à entreprendre des projets ambitieux alors que le monde célébrait vendredi le Jour de la Terre.

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