Le bilinguisme à la canadienne

«Horreur!» s'exclament certains bigots, en apprenant que la... (Adrian Wyld, Archives PC)

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«Horreur!» s'exclament certains bigots, en apprenant que la ministre Diane Lebouthillier est incapable de «parler dans la langue de la majorité» - l'anglais, évidemment.

Adrian Wyld, Archives PC

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ÉDITORIAL / Il a fallu cinq mois avant que le Canada anglais ne s'aperçoive que se trouvait au sein du cabinet de Justin Trudeau une ministre... qui ne parlait pas anglais!

Horreur!, croient certains bigots, que cette politicienne promue au plus haut rang de la politique canadienne soit incapable de «parler dans la langue de la majorité». Parce que nous n'en sommes plus ici aux impératifs des «langues officielles», mais bien la langue du plus large dénominateur commun - l'anglais, évidemment. 

Au passage, ces intolérants ne réalisent pas que la présence de Diane Lebouthillier au cabinet paritaire de M. Trudeau légitimise justement le fait que 15 de ses collègues ministres soient incapables, eux, de s'exprimer en français. Si des ministres peuvent être unilingues anglais, il faut bien accepter l'inverse, et que des ministres puissent être unilingues français, non? 

Il est triste que cela n'arrive pas souvent. Le plus récent exemple serait vieux de plus de 30 ans, lorsque Benoît Bouchard a été nommé ministre d'État aux Transports par Brian Mulroney, en 1984. Comme la Gaspésienne Lebouthillier, M. Bouchard venait d'un coin du Québec, le Lac-Saint-Jean, où l'anglais est moins présent dans le quotidien. 

Ces obtus ne réalisent pas non plus que l'on accepte du même coup leur propre unilinguisme. Cet unilinguisme qui leur fait parfois se fermer des portes de carrière, une «injustice» qu'ils décrient alors comme un quelconque favoritisme permanent au bénéfice des francophones, éternels gagnants du système fédéral.

Si au moins c'était vrai!

Plusieurs générations de fonctionnaires fédéraux de langue française vous le diront: le français s'est souvent avéré un atout pour décrocher un poste... mais une fois au travail, l'anglais a préséance!

Évidemment, dans un monde idéal comme le rêve Jean-Paul Perreault, Impératif français n'aurait pas à réclamer le départ des milliers de politiciens et fonctionnaires unilingues au Canada. En 47 ans d'un Canada officiellement bilingue et soumis à la Loi sur les langues officielles, les accrocs linguistiques n'existeraient plus. Tous ceux qui ont besoin des deux langues officielles les maîtriseraient déjà. Les Canadiens s'adresseraient dans la langue de leur choix à tout fonctionnaire fédéral, qui leur répondrait raisonnablement intelligiblement... là où le nombre le justifie. 

Mais ce souhait fait abstraction de la réalité. Si on peut acquérir une langue, on peut tout aussi bien la perdre par manque de stimulation. Et puis il y a la vie: Amarjeet Sohi, ministre des Infrastructures, est d'Edmonton. Jody Wilson-Raybould, ministre de la Justice, est une autochtone de Vancouver. Kent Hehr, de Calgary, est avocat et ministre des Vétérans. Vu de l'est du pays, on ne s'imagine pas combien l'acquisition d'une deuxième langue, fut-elle officielle, en plus d'être difficile, paraît bien accessoire. C'est tout aussi le cas avec l'anglais en Gaspésie.

Que faire alors? Après la frustration épidermique, éduquer. Rappeler aux anglophones que cette surprise qu'ils ont ressentie à propos de l'unilinguisme de la ministre Lebouthillier, les francophones du Canada la vivent à tous les jours. À Ottawa, toute la signalisation rappelle que la ville est encore bien anglaise - officiellement en plus! En Ontario, les 610 000 francophones luttent pour garder leur langue. Au Canada, les 10 millions de locuteurs francophones se font rappeler quotidiennement qu'ils sont minoritaires en Amérique, même dans une ville comme Montréal. 

Que faire en plus? Reconnaître qu'au-delà des lois et des politiques, il y a le respect.

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