Le compromis Uber

ÉDITORIAL / Dans un élan de sagesse notable, la Ville d'Ottawa... (Archives La Presse Canadienne, Ryan Remiorz)

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ÉDITORIAL / Dans un élan de sagesse notable, la Ville d'Ottawa vient peut-être de régler le problème posé par Uber. Elle trace la voie à une réglementation que d'autres administrations feraient bien d'imiter.

L'industrie du taxi traditionnel rugira encore pas mal, mais le compromis proposé par le comité des services communautaires et de protection calme suffisamment d'irritants pour être adopté par le conseil dans son ensemble.

Un étau enserre les chauffeurs de taxi et les compagnies qui ont dépensé des dizaines de milliers de dollars pour chaque permis d'exploitation d'une voiture taxi à Ottawa. 

Avec une simple application pour téléphone intelligent, la société californienne Uber révolutionne l'industrie du taxi dans le monde. N'importe quel conducteur peut facilement offrir une place à bord de son véhicule, et tout voyageur peut tout aussi aisément repérer sur son appareil les véhicules qui vont dans la même direction et qui peuvent le dépanner.

Mais Uber, qui n'était au départ d'un outil de partage de service - un voyageur qui cherche une place dans une auto - a vite bouleversé l'industrie du taxi au complet. Et le vide juridique entourant Uber est devenu un irritant majeur pour les gouvernements qui légifèrent les taxis depuis des décennies.

La demande bouscule tout, surtout celle des jeunes qui estiment que les tarifs des taxis traditionnels sont trop élevés. 

Sur la foi de l'expérience à Edmonton, notamment, et du rapport de l'expert-conseil KPMG, les élus locaux proposent d'imposer à Uber des frais de permis, une commission de 10,5 cents par course et l'obligation de détenir une assurance-responsabilité. Parallèlement, le conseil municipal pourrait réduire les frais d'exploitation des taxis traditionnels, leur permettant de mieux compétitionner avec les chauffeurs d'Uber.

Ce n'est pas idéal, mais il s'agit d'un grand pas dans la bonne direction.

Les taxis traditionnels se retrouvent les plus récentes victimes de la révolution numérique. C'est bien dommage, mais on ne peut que tenter de sauver les meubles. Ils ne sont pas les seuls. Ni les premiers. Avant eux, l'industrie du disque et les médias, notamment, ont écopé de nouvelles potentialités de l'informatique et d'Internet. Toutes les entreprises dans ces milieux ont vu leur modèle d'affaires totalement bousculé; il y a eu des perdants et des gagnants, et tout le monde doit se redéfinir. Idem pour l'industrie du taxi.

Ceux qui ont acheté des permis de taxi ont vu leur valeur chuter de façon drastique. Nous sympathisons avec eux, mais la technologie les a pris de vitesse. La Ville d'Ottawa ne peut être tenue financièrement responsable de cette perte, et ne peut légiférer pour bloquer des services de transport comme Uber. La technologie a rendu obsolète le service de répartiteur qui mariait clients et véhicules. Il faut tourner la page et les élus municipaux semblent avoir trouvé la manière de le faire le plus correctement possible.

Il demeure encore un irritant qui a échappé au conseil d'Ottawa: l'évitement fiscal d'Uber. Elle transfère à sa société-mère - et dans des paradis fiscaux? - une part substantielle de revenus de chacun des transports effectués dans le monde via son application logicielle.

Uber profite pourtant des infrastructures utilisées par ses clients et chauffeurs. Les États devront trouver une manière d'imposer ces revenus. La réponse exigera sans doute la collaboration des gouvernements supérieurs, provinces et fédéral.

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