Au-delà du secret de la sauce...

Les Entreprises Cara ont annoncé jeudi l'acquisition de... (Étienne Ranger, Archives LeDroit)

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Les Entreprises Cara ont annoncé jeudi l'acquisition de la totalité du Groupe St-Hubert pour 537 millions$.

Étienne Ranger, Archives LeDroit

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ÉDITORIAL / Parce qu'elle survient dans la foulée de l'achat de Rona par l'américain Lowe's, les Québécois ont réagi assez vivement à la nouvelle de la vente des Rôtisseries Saint-Hubert. Cela renforce l'impression -- et il ne semble que ce ne soit qu'une impression -- que les fleurons du Québec Inc. ont toutes une affiche à vendre sur la façade.

Ce sentiment dans la population est rehaussé par les mesures d'austérité du gouvernement de Philippe Couillard qui, par des réductions budgétaires et des réformes controversées, a réécrit depuis deux ans de grands pans des politiques sociales du Québec. 

Les Québécois constatent que bien des services de leur État-providence leur échappent sur l'autel du déficit zéro. Quand ils voient de leurs entreprises passer sous contrôle extérieur, ils tirent de la même manière des conclusions catastrophiques, encouragées par les partis d'opposition qui espèrent, eux, en tirer des gains politiques.

Évidemment, il y a un autre portrait, plus véridique à notre avis, qui se situe un peu au milieu de tout cela.

D'abord, il ne faut pas confondre Rona et Saint-Hubert. La vente de la chaîne de quincailleries servira à terme à mieux implanter Lowe's dans des marchés où elle était absente. Rona et Réno-Dépôt disparaîtront un jour, c'est écrit dans le ciel. Ce n'est pas le cas de Saint-Hubert, qui passe sous la coupe de Cara, une chaîne de restaurants 10 fois sa taille. La réalité, c'est que Saint-Hubert réussit bien mieux que Cara à deux niveaux : Swiss Chalet, la bannière de Cara en rôtisserie, fait piètre figure en comparaison à Saint-Hubert et ce sont les Canadiens-anglais qui ont des bonnes pratiques à assimiler des Québécois. La famille Léger, propriétaire à 100 % de Saint-Hubert qu'elle a fondée en 1951, a aussi développé des usines de fabrication/transformation qui ont percé dans les grandes surfaces; là, Cara a tout à apprendre.

Par ailleurs, Cara connaît mieux le marché du Canada anglais qui a toujours échappé à Saint-Hubert, hormis quelques franchises au Nouveau-Brunswick et à Ottawa. Sa percée à Toronto, à la fin des années 1970, a été un terrible échec. Saint-Hubert pourrait croître au-delà des quelque 100 restaurants qu'elle exploite avec tant de succès au Québec.

Mais ce qui est inquiétant dans cette prise de contrôle, c'est l'absence de relève entrepreneuriale au Québec. 

En 2010, le pdg de Saint-Hubert promettait dans un entretien au quotidien LeDevoir que l'entreprise demeurerait familiale et que sa fille Amélie prendrait la relève. Le plan a déraillé. Pas de relève, ni d'acheteur québécois en vue. M. Léger a témoigné, hier, avoir discuté avec les organismes de développement économique du Québec comme Investissement Québec et la Caisse de dépôt, sans succès. Il s'est rabattu sur Cara car, à son avis, elle garantissait le mieux non seulement les 10 000 emplois de Saint-Hubert, mais offrait en plus un potentiel de croissance. 

Le Québec a longtemps été un peuple caricaturé de « porteurs d'eau ». La Révolution tranquille a coïncidé avec l'émergence d'une communauté d'affaires hors du commun; cette génération quitte, à l'instar de M. Léger, âgé de 70 ans. Il n'y a pas suffisamment d'entrepreneurs courageux de moins de 55 ans. Le Québec doit s'interroger sur les raisons qui freinent l'émergence de cette future génération de gens d'affaires. Là se trouve la question la plus bouleversante dans la transaction de Saint-Hubert, bien plus que le secret de sa sauce barbecue.

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