Prendre le temps de bien réformer

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Il est important que la première ministre Wynne bâtisse un consensus avec ses adversaires politiques afin de ne pas présenter une réforme bâclée et empreinte de partisanerie.

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ÉDITORIAL / Comme le mode de scrutin, le financement électoral est au coeur de notre fonctionnement démocratique. Ces mécaniques portent en elles la manière même que nos sociétés occidentales choisissent leurs dirigeants et toute modification plus que superficielle affecte la valeur même de nos choix collectifs.

C'est pourquoi les gouvernements doivent redoubler de prudence lorsqu'ils signalent leur intention de modifier les règles du jeu, comme la première ministre Kathleen Wynne vient de le faire pour l'Ontario.

Les partis qui forment le gouvernement doivent agir dans un esprit de collaboration et de transparence, et éviter tout soupçon que les changements qu'ils proposent avantagent quiconque. Il en va de la force de nos démocraties. Mme Wynne et le Parti libéral de l'Ontario qu'elle dirige doivent faire de ces principes les guides constants de leurs interventions à ce chapitre.

Ainsi, la première ministre doit suivre l'avis de sa vis-à-vis Andrea Horwath, chef du Nouveau Parti démocratique de l'Ontario, qui est intervenue récemment en ce sens. Cela vaut également pour Patrick Brown, du Parti progressiste-conservateur, et tous les partis officiellement reconnus à l'Assemblée législative, aussi modestes soient-ils.

Tous doivent avoir voix au chapitre.

Un premier regard sur la situation du financement politique au Canada illustre combien il existe de modèles différents, avec des plafonds divergents d'une province à l'autre. Quatre n'en imposent d'ailleurs aucun: la Saskatchewan, la Colombie-Britannique, Terre-Neuve-et-Labrador et l'Île-du-Prince-Édouard. Trois provinces interdisent les contributions d'entreprises et de syndicats: l'Alberta, le Manitoba et le Québec. 

De toutes, c'est la Belle Province qui a imposé les contraintes les plus sévères, l'un des héritages du gouvernement du Parti québécois de René Lévesque. Depuis, les plafonds ont été rabaissés à 100$ par citoyen. Est-ce parce que le financement politique y est si contrôlé que l'on y a constaté autant de scandales, entre autres révélés par la commission Charbonneau? Peut-être bien. Deux choses les expliquent. La nature humaine demeure ce qu'elle est et les organisateurs politiques moins scrupuleux n'hésiteront pas à interpréter les règles à leur avantage. Et puis, le coût de mener une campagne électorale n'a pas diminué au fil des décennies. Noliser un autobus de campagne ne coûte pas moins cher aux partis politiques en 2016 qu'en 1976. Idem pour bâtir une organisation électorale, louer des locaux, défrayer l'équipement, payer les affiches, etc.

Mme Wynne s'active dans le dossier parce que le Toronto Star a livré des révélations troublantes sur d'ambitieuses cibles de financement pour ses ministres, allant jusqu'à 500 000$ dans certains cas. Au Québec, de similaires informations ont blessé le Parti libéral sous Jean Charest lorsque l'ex-ministre Norman Macmillan avait avoué sa cible de 100 000$. 

Certains reprochent à Kathleen Wynne de retarder la mise en oeuvre de la réforme du financement électoral au-delà de 2018, après la prochaine élection provinciale. Cela n'est pas crucial. Il n'y a aucune urgence autre que la pression médiatique et de certains adversaires. Il est plus important que Mme Wynne bâtisse un consensus avec ses adversaires politiques que de présenter une réforme bâclée et empreinte de partisanerie. L'occasion qui se présente devant elle est rare.

Le système qu'elle voudra mettre en place pourrait l'être pendant 25 ans; il vaut mieux bien faire les choses, sans hâte.

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