Bâtir Rome en un jour...

Le ministre des Finances Bill Morneau a déposé... (Adrian Wyld, PC)

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Le ministre des Finances Bill Morneau a déposé son premier budget, mardi.

Adrian Wyld, PC

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ÉDITORIAL / Pendant une décennie, les Canadiens se sont fait servir les obsessions des réductions d'impôts et des budgets équilibrés. Même si les conservateurs de Stephen Harper ne sont pas montrés particulièrement doués pour ces derniers...

L'élection des libéraux de Justin Trudeau, en octobre dernier, a fourni un premier indice que ces idées fixes n'étaient pas aussi universellement partagées que les Bleus ne le laissaient croire.

La victoire libérale exprimait clairement une volonté de changement par l'électorat. Mardi, le premier budget libéral a renchéri sur le désir des Canadiens d'aller plus loin encore. Ainsi, ils n'ont pas crié au scandale lorsque deux des promesses libérales ont carrément volé en éclat: celle d'un déficit de «moins de 10 milliards $», et un retour à l'équilibre budgétaire en quatre ans.

Le ministre des Finances Bill Morneau a plutôt déposé un budget prévoyant un déficit de 29,4 milliards $ en 2016-2017, premier d'une série qui se prolongeront au-delà de leur mandat de quatre ans. Il a estimé qu'en 2020-2021, le déficit sera de 14,3 milliards $, même au-delà de ce que M. Trudeau et ses troupes avaient prédit pour l'année qui vient...

Les années conservatrices sont donc bel et bien derrière nous, et ce premier budget Morneau s'inscrit tout à fait dans la pensée libérale de l'utilisation des déficits pour stimuler une économie canadienne hésitante, notamment plombée par l'effondrement du prix du pétrole. Conséquence de cette chute du cours mondial de l'or noir, même le budget de l'an passé s'écrit à l'encre rouge. Avec des entourloupettes budgétaires, les conservateurs avaient réussi à présenter un surplus de 1,4 milliard $; il s'est maintenant métamorphosé en un déficit de 5,4 milliards $. Bien pire même que les évaluations impartiales du Directeur parlementaire du budget, déjà pessimistes.

Les libéraux ont recours aux déficits récurrents pour financer plusieurs de leurs promesses électorales: programme d'infrastructures supporté à 50% par Ottawa plutôt que 33%, réforme complète des prestations aux familles (2,5 milliards $ plus chères), bonification du régime d'assurance-emploi (1 milliard $), rehaussement du financement de Radio-Canada (75 millions $ cette année), appui aux communautés autochtones (8,4 milliards $), entretien des infrastructures fédérales (3,4 milliards $ sur cinq ans), etc.

Plusieurs de ces initiatives rangent aux oubliettes des mesures fiscales dont M. Harper se servait pour satisfaire ses priorités envers les «familles traditionnelles», ou corrigent des erreurs historiques, comme celles dont les Premières nations font les frais depuis des décennies.

Cependant, l'absence de tout plan de sortie d'une nouvelle ère de déficits budgétaires coûtera cher aux Canadiens, à long terme. Le recours aux déficits se justifie à certains moments difficiles de l'économie canadienne. Plusieurs éléments indiquent que notre économie traverse justement une de ces périodes, et qu'il y a eu négligence dans les dépenses sociales au Canada parce que le gouvernement précédent n'y croyait pas. Pensons au logement social ou à la réforme de l'assurance-emploi, par exemple, ainsi qu'aux conditions de vie tiers-mondistes de trop de communautés autochtones.

Les libéraux se sont empressés à régler plusieurs irritants dès la première année de leur mandat. Cela placera les finances publiques dans un difficile étau pour bien des années.

Respecter leurs promesses est un noble idéal. Mais tout n'avait pas besoin d'être fait en un an. Comme Rome ne s'est pas bâti en un jour.

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