Le non de Bruyère

Le Centre de santé Élizabeth-Bruyère a fait savoir... (Etienne Ranger, Archives LeDroit)

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Le Centre de santé Élizabeth-Bruyère a fait savoir qu'il refuserait d'offrir l'aide médicale à mourir parce que cela est en contradiction avec ses valeurs religieuses.

Etienne Ranger, Archives LeDroit

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ÉDITORIAL / Tous savaient que certains médecins étaient mal à l'aise avec la loi québécoise sur l'aide médicale à mourir. De plus en plus, alors que le fédéral en est à préparer sa version, ce ne sont plus que des médecins qui s'y opposent, mais des institutions au complet. Cela a pour effet, en réalité, de court-circuiter la volonté du législateur et les gouvernements devront y voir.

La volonté de mettre fin à des souffrances en fin de vie obtient un large appui au sein de la population canadienne. Il n'y aura jamais de consensus sur ces questions qui touchent à des valeurs trop profondes chez chacun de nous pour que l'État puisse dégager une position commune qui ralliera tout le monde.

Le mieux que l'on puisse espérer, c'est une discussion franche et ouverte comme celle qui a eu lieu au Québec. Les membres de la commission itinérante Mourir dans la dignité, dont la députée de Hull Maryse Gaudreault, ont pris le temps qu'il fallait pour aller au fond des choses. Le résultat est vanté dans plusieurs milieux, même si de nombreux Québécois s'opposent encore à l'idée même de mettre prématurément fin à la vie de nos semblables qui en font la demande expresse.

Pour beaucoup de médcins, l'aide médicale à mourir n'apparaît pas dans la palette des «soins» qu'ils offrent à leurs patients. La loi a prévu qu'ils peuvent en être excusés, et cette exception est tout à fait raisonnable. Dans des gestes irrévocables d'une telle gravité, il serait inacceptable de forcer la main des professionnels de la santé.

La loi québécoise prévoit aussi que des maisons de soins palliatifs puissent de la même manière s'excuser de la procédure. La presque totalité des 31 centres au Québec ont rejeté l'option de l'aide médicale à mourir. C'est le cas des deux résidences en Outaouais, la Maison Mathieu Froment-Savoie, à Gatineau, et Le Monarque, à Montebello.  

Récemment, le débat s'est déplacé sur la scène fédérale alors qu'Ottawa s'est vu forcer la main par une décision de la Cour suprême. Au printemps, le plus haut tribunal a donné une année aux législateurs canadiens pour réécrire la législation qui interdisait l'aide médicale à mourir dans les neuf autres provinces et trois territoires. 

Le fédéral n'a pas bénéficié du temps que le Québec a eu pour réfléchir à la question. La faute revient en bonne partie aux conservateurs de Stephen Harper, qui étaient à la traîne des nouvelles valeurs canadiennes à ce chapitre. Les libéraux de Justin Trudeau ont hérité du problème et n'ont que quelques mois pour agir.

Le débat est mal engagé.

Le Centre de santé Élizabeth-Bruyère a fait savoir qu'il refuserait d'offrir l'aide médicale à mourir parce que cela est en contradiction avec ses valeurs religieuses. 

Mais si des exceptions étaient acceptables pour des maisons de soins palliatifs avec quelques dizaines de lits, cela ne peut être le cas pour de gigantesques institutions comme Bruyère, la plus importante du genre à Ottawa. Cela restreint trop le choix des patients.

Financée par des fonds publics, Bruyère devra trouver une manière d'offrir la procédure aux malades sous sa responsabilité, et les professionnels de la santé pour le faire. Ses réticences, compréhensibles, auraient cependant pour effet de priver des centaines de patients d'une option que la société moderne canadienne leur garantit.

Cela ne doit pas être.

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