Une mauvaise piste

Le ministre Bill Morneau a annoncé lundi que... (Sean Kilpatrick, Archives PC)

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Le ministre Bill Morneau a annoncé lundi que le ralentissement économique est tel que le Canada aura été 2,4 milliards $ dans le rouge l'an passé et de 18,4 milliards $ en 2016-2017, avant même de mettre en place des programmes de stimulation économique.

Sean Kilpatrick, Archives PC

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ÉDITORIAL / Depuis quelques semaines, Justin Trudeau et Bill Morneau sont passés à l'offensive en vue du prochain budget fédéral. Ils tentent de convaincre les Canadiens de ne pas s'inquiéter de la taille du déficit fédéral... qui dépassera considérablement les 10 milliards $ que les libéraux avaient promis en campagne électorale.

Ces efforts se sont accélérés lundi. Le ministre des Finances Morneau a annoncé que le ralentissement économique est tel qu'avant même de mettre en place leurs programmes de stimulation économique, le Canada aura été 2,4 milliards $ dans le rouge l'an passé, 18,4 milliards $ en 2016-2017, et 15,5 milliards $ en 2017-2018. 

Ajoutez à cela un 10 milliards $ d'incitatifs financiers et vous devinerez que le déficit total du prochain budget pourrait frôler les 30 milliards $, et 25 milliards $ l'an prochain.

Tout ça pour un gouvernement qui a été élu avec l'engagement de rééquilibrer les finances publiques à la quatrième année de son mandat.

Il s'agit d'une bien mauvaise piste.

Ce n'est pas tant que le chiffre de 10 milliards $ était une cible magique qui devait être immuable. LeDroit s'est montré ouvert à un déficit qui pourrait être un peu plus élevé de quelques milliards. 

Mais «quelques» milliards, ce n'est pas 25 ou 30 milliards $.

En janvier, le premier ministre Trudeau a commencé à dire qu'il importait plus de respecter le ratio de la dette que de respecter la cible de 10 milliards $. La manoeuvre était évidente. Mais elle est dangereuse.

Une famille qui rembourse sans soucis une hypothèque de 100 000$ sur une propriété de 300 000$ peut être tentée d'augmenter son prêt hypothécaire quand leur maison double de valeur. Son ratio d'endettement ne changerait pas. Mais rembourser les intérêts sur 200 000$ est plus contraignant qu'un prêt de 100 000$. 

Le fédéral s'apprête à faire cela, augmenter le fardeau de la dette. C'est périlleux. À chaque mois, une partie significative du budget ne sert qu'à payer les intérêts de la dette du Canada qui se chiffre aujourd'hui à 615 milliards $. Deux ou trois budgets comme ceux que les libéraux sont en train de préparer et le plateau des 700 milliards $ sera atteint. Alors qu'il faut faire des efforts pour la contrôler. Avec des déficits gérables lorsque l'économie a besoin d'un coup de pouce, et des surplus un peu plus substantiels quand tout va bien, de manière à abaisser la dette accumulée.

Le risque pour les libéraux, c'est justement que le retour à l'équilibre fiscal ne puisse se faire dans le délai prévu. 

Plus le déficit de leurs trois premières années au pouvoir sera considérable, plus le retour au déficit zéro sera ardu. Plus l'effort de redressement exigera de douloureux sacrifices. Ainsi, il ne faut pas trop s'éloigner de l'équilibre budgétaire. Simple question de saine gestion. En remettant à plus tard certaines promesses coûteuses.

L'économie du Canada est fragilisée depuis la chute des prix des ressources naturelles. Le gouvernement de Stephen Harper avait tout misé là-dessus - et surtout sur le pétrole -, aux dépens du secteur industriel. En mettant tous nos oeufs dans le même panier, il a placé le Canada en position de vulnérabilité. Nous payons tous les prix de cette décision hasardeuse.

Les Canadiens ont accepté l'idée de trois déficits raisonnables d'environ 10 milliards $; les libéraux doivent tout faire pour s'en approcher.

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