Coup d'épingle sur le Règlement XVII

Kathleen Wynne doit prendre une large part du... (Archives, La Presse Canadienne)

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Kathleen Wynne doit prendre une large part du crédit pour cette nouvelle ouverture de la communauté anglophone. Le rôle de Madeleine Meilleur, ministre responsable des Affaires francophones, a été essentiel.

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ÉDITORIAL / Le Règlement XVII a reçu un autre coup d'épingle à chapeau, hier.

Adopté en 1912, il a été suspendu en 1927, puis biffé en 1944. Ce qu'il a tenté d'effacer, l'enseignement en français en Ontario, a été affirmé en 1984 lorsque le droit de recevoir une éducation en langue française a été officiellement reconnu. Quatorze ans plus tard, En 1998, les Franco-ontariens obtenaient leurs conseils scolaires, afin de décider eux-mêmes des priorités de leur réseau d'écoles.

Voici que 18 ans plus tard, le gouvernement offre devant l'Assemblée législative des excuses solennelles pour son adoption du Règlement XVII. Ce texte a une portée purement symbolique mais s'inscrit, il faut le reconnaître ainsi, dans un continuum d'affirmation nationale des Franco-ontariens. Le Règlement XVII est de plus en plus rangé loin dans le sous-sol de l'histoire.

Petit à petit, la communauté de langue française prend la place qui lui revient en Ontario. Et la communauté anglophone, largement majoritaire, reconnaît que ce pan de l'histoire est à reléguer aux oubliettes. Les mentalités évoluent: la motion de la première ministre Kathleen Wynne a été positivement accueillie par les partis d'opposition. Cela fait changement des débats acrimonieux et des insultes que les Franco-ontariens ont entendu trop souvent lorsqu'ils ont demandé à élargir leur espace vital, comme si cette juste place menaçait la majorité.

Mme Wynne doit prendre une large part du crédit pour cette nouvelle ouverture de la communauté anglophone. Le rôle de Madeleine Meilleur, ministre responsable des Affaires francophones, a été essentiel. Les deux ont gentiment mentionné l'importance du journal LeDroit, fondé pour lutter contre le Règlement XVII, et qui est toujours là, aux côtés de la communauté franco-ontarienne, 103 ans plus tard.

Il importe aussi de reconnaître la paternité de ces excuses à Denis Constantineau, le président de l'Association canadienne-française de l'Ontario du Grand Sudbury, et au député de Sudbury, Glenn Thibeault, qui les a portées jusqu'à Queen's Park.

Lorsque l'idée de ces excuses a fait la manchette, en décembre dernier, LeDroit s'est montré plutôt sceptique. Non pas qu'elle était mauvaise, ou que les excuses n'étaient pas justifiées - qui sait combien de francophones il y aurait en Ontario s'il n'y avait pas eu un siècle d'une assimiliation qui se poursuit encore aujourd'hui?

Non, l'hésitation du quotidien LeDroit tirait sa source du fait que ces excuses risquaient de devenir une fin en elles-mêmes.

Ce n'était pas un dossier sur lequel la communauté franco-ontarienne planchait depuis plusieurs années. Pendant qu'elle célébrait le 400anniversaire du passage de Samuel de Champlain, elle avait d'autres enjeux plus cruciaux sur la table, plus concrets qu'une déclaration symbolique. Elle planche sur une université de langue française dans le centre-sud-ouest de l'Ontario, sur une immigration francophone qui pourrait l'aider, sur Ottawa, ville bilingue, etc. Autant de causes qui peuvent faire une différence dans l'Ontario de l'avenir, pour que les Franco-ontariens aient à leur disposition de nouveaux outils pour assurer la vitalité de leur communauté.

Chacun de ces outils vaut mieux qu'une déclaration solennelle, sentie mais vide de conséquences. C'était un risque à courir. Que les autorités franco-ontariennes délaissent le concret pour courir après un symbole. Il ne faudrait pas que la majorité anglophone se braque en utilisant aujourd'hui ces excuses comme une justification à l'inaction. Cela en ruinerait le sens.

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