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Depuis que les libéraux de Justin Trudeau ont... (Martin Tremblay, Archives La Pressse)

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Depuis que les libéraux de Justin Trudeau ont été élus, ils se sont lancés dans une entreprise de démantèlement de l'édifice conservateur des neuf dernières années.

Martin Tremblay, Archives La Pressse

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ÉDITORIAL / Depuis que les libéraux ont été élus, le 19 octobre dernier, ils se sont lancés dans une entreprise de démantèlement de l'édifice conservateur des neuf dernières années.

Cette semaine, le ministre de l'Immigration John McCallum a annoncé que le retour de la couverture des frais de soins de santé pour les réfugiés au pays. En 2012, les conservateurs de Stephen Harper avaient rogné sur ces dépenses pour des raisons financières.

La même journée, Ottawa retirait son appel dans la cause d'Omar Khadr, cet enfant-soldat canadien emprisonné à Guantanamo dès 2002 pour le meurtre d'un soldat américain en Afghanistan.

Un peu avant, le projet de Monument aux victimes du communisme est retourné sur la planche à dessin, déplacé du parterre devant la Cour suprême vers un site un peu plus à l'ouest. La glorification du passé militaire comme la Guerre de 1812 retournera à sa juste place, au Musée canadien de la guerre. Le robinet de l'accueil des migrants syriens a été grand ouvert. Le gigantesque portrait de la reine Elizabeth II, qui trônait à l'entrée du ministère des Affaires étrangères à l'édifice Lester B. Pearson, est retourné à l'entrepôt pendant qu'on y ressortait le magnifique Alfred Pellan, chef d'oeuvre de l'art naïf canadien.

Ce démantèlement de l'héritage conservateur était prévisible.

Les Canadiens ne vivent pas trop mal avec les divisions entre la gauche et la droite du point de vue économique.

Ils s'attendent à ce que les conservateurs adoptent des mesures d'austérité financière, réduisent les budgets de l'État tout en réinvestissant dans le militaire, et prônent un fardeau de taxes toujours plus bas. Cela relève de la simple logique politique d'un gouvernement de droite.

Inversement, les Canadiens s'accommodent d'un gouvernement de centre ou de centre-gauche qui réinvestit dans les services publics, ne frissonnent pas à l'idée d'utiliser le crédit pour stimuler l'économie et à augmenter les impôts pour que chacun paie sa juste part des dépenses de l'État.

L'alternance des gouvernements fait en sorte que l'élastique des politiques budgétaires du pays s'étire et se contracte à chaque défaite électorale.

Les Canadiens l'ont vu pendant la campagne électorale. L'ouverture du Parti libéral à faire des déficits budgétaires pour redynamiser l'économie nationale tranchait radicalement avec la position conservatrice de continuer à se serrer la ceinture pour remettre ces économies sous la forme de baisses d'impôts.

Quand le message de Stephen Harper ne plaisait plus qu'à ses fidèles d'obédience conservatrice, il savait que son gouvernement était en péril. Ce qui s'est avéré.

Mais le gouvernement Harper a fait plus: au plan social, il était tout aussi dogmatique. Et ce sont ces politiques sociales qui braquent l'opinion publique. À Ottawa, elles tombent une par une. Cela n'est pas productif. Au lieu de bâtir le pays, on en démolit de grands pans à chaque défaite électorale, pour les recommencer quatre ans plus tard. Cela se constate aussi aux États-Unis où les Républicains rêvent de démolir l'Obamacare...

Le Canada se construit par le centre auquel souscrit une majorité de sages Canadiens. Nos gouvernements ne doivent pas trop s'éloigner du centre. En piquant leurs adversaires à vif, ces derniers n'auront qu'une seule obsession dès leur prochaine victoire électorale: de démanteler tout cela.

Ça s'appelle tourner en rond et cela ne nous mène pas vers la prospérité.

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