Libérez l'érable!

ÉDITORIAL / L'industrie du sirop d'érable n'est pas en crise.... (Photothèque Le Soleil)

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ÉDITORIAL / L'industrie du sirop d'érable n'est pas en crise. Les prix sont stables et bons, la demande mondiale est en croissance, les producteurs entaillent de plus en plus d'érables à sucre.

Mais les réactions au rapport Gagné rendu public ces jours derniers laissent croire qu'il y a péril en la demeure.

Il n'y a pas péril mais bouleversement, c'est évident. 

Car le portrait très sommaire dressé plus haut camoufle d'autres données essentielles qui bouleversent le portrait global du marché du sirop d'érable. 

L'autre réalité de l'érable peint une image bien différente. Vu de l'autre bout de la lorgnette, la part mondiale du sirop d'érable du Québec est en décroissance constante et plusieurs éléments indiquent que cette tendance se poursuivra au cours des prochaines années. Cela remet en question les stratégies d'avenir de la Fédération des producteurs acéricoles du Québec, qui semble se contenter du statu quo, misant sur la croissance mondiale qu'elle stimule avec force campagnes de marketing.

Cela sera insuffisant. La Fédération doit même remettre en question son système de gestion de l'offre, semblable à celui en place au Canada pour la production de volaille, d'oeufs et de lait.

Au Canada français - car le Nouveau-Brunswick est aussi un producteur d'importance -, le sirop d'érable a valeur de symbole et de tradition. Patrimoine transmis par les Premières Nations, le sirop d'érable s'est plus qu'inséré dans nos coutumes alimentaires. Il est devenu emblématique de la pure et généreuse nature qui nous entoure, référence à un passé idéalisé d'une production artisanale associée à la fin d'un rude hiver, tradition héritée de nos ancêtres, élément d'une gastronomie méconnue, mais qui se démarque de plus en plus sur la scène mondiale.  

Depuis une douzaine d'années, le travail de la Fédération a permis de doubler les prix aux producteurs acéricoles du Québec, d'appuyer une hausse de 30% des rendements annuels, d'encourager la modernisation de la fabrication, d'apposer un sceau de qualité avec différents grades de sirop, et de stimuler la demande mondiale de cette merveille sucrée. Elle a profité d'un dollar fort, d'une réserve de 60 millions de livres de sirop qui permet de stabiliser les prix, mais surtout, du mécanisme de gestion de l'offre pour le faire. 

Aujourd'hui, les États-Unis produisent plus de sirop d'érable que jamais. Notre principal marché d'exportation pourrait être autosuffisant d'ici 2020. Ses producteurs des États du nord profitent de mesures financières considérables pour atteindre cette cible. Bientôt, ce sera le marché canadien qui sera envahi par du sirop d'érable américain, qui sera moins cher que celui du Québec. L'encadrement des volumes de production est de moins en moins logique dans un commerce mondial qui échappe de plus en plus au Québec, de 80% en 2004 à 70% en 2014. 

Le Québec doit libéraliser son marché pour stimuler la production et l'innovation. Assurément, cela fera baisser les prix, qui ont déjà doublé en 15 ans. Que le Québec le souhaite ou non, simplement par les pressions économiques des producteurs étrangers. Les petits acériculteurs commerciaux ont déjà commencé à être rachetés par de plus gros joueurs industriels. 

Le Québec peut tout de même tirer son épingle du jeu en encourageant la qualité et le label biologique. Premier producteur mondial, le Québec a une longueur d'avance. Contrairement au monopole de la volaille et du lait, la fin de la gestion de l'offre pourrait lui être bénéfique à moyen terme.

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