Un cadre bilingue qui ne l'est pas

Le nouveau dg de la Ville d'Ottawa, Steve... (Martin Roy, LeDroit)

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Le nouveau dg de la Ville d'Ottawa, Steve Kanellakos, aux côtés du maire Jim Watson

Martin Roy, LeDroit

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ÉDITORIAL / La Ville d'Ottawa vient d'embaucher Steve Kanellakos comme directeur général. Le grand mystère autour de cette nomination, c'est de comprendre comment ce haut fonctionnaire municipal a pu répondre aux exigences linguistiques du poste alors qu'il est incapable de répondre à une seule question en français...

M. Kanellakos est sans doute un candidat hors pair. Nous ne remettons absolument pas en cause ses compétences de gestionnaire qu'il a développées à la Ville de Gloucester, en début de carrière, puis à la Ville d'Ottawa à partir de la fusion municipale, et plus récemment à la Municipalité de Vaughn, une banlieue juste au nord de Toronto.

Pendant ses nombreuses années au service des citoyens de la capitale, M. Kanellakos n'a jamais développé plus qu'une connaissance basique du français. Étonnamment, il a soutenu avoir satisfait les exigences de la Politique de bilinguisme de la Ville d'Ottawa, il y a six ans. 

On s'étonnera qu'un gestionnaire de son niveau puisse obtenir la note de passage à ce niveau, mais ne soit pas en mesure de tenir au moins une base de conversation en français. Son excuse à l'effet qu'il n'a «pas eu beaucoup de pratique dans les dernières années» ne tient pas la route. Il n'a peut-être pas utilisé le français à Vaughn depuis un an. Mais les cinq années précédentes? Ce fonctionnaire talentueux et ambitieux n'a-t-il pas vu l'intérêt d'améliorer ses compétences linguistiques? Il savait pertinemment que la connaissance de la langue de Molière serait un atout.

M. Kanellakos n'a montré aucun intérêt pour l'apprentissage du français, car il savait que les autorités municipales à Ottawa avaient toujours un échappatoire dans la dotation des postes. Quoique dise la politique officielle sur le bilinguisme, le conseil peut toujours recourir à une dérogation pour permettre l'embauche d'un candidat unilingue. Et il ne s'en gêne pas. La majorité des cadres municipaux ont profité de cette dérogation dans leur processus d'embauche.

À quoi bon avoir une politique si on la court-circuite à toutes les fois que cela fait notre affaire?

Car une politique non contraignante, c'est comme ne pas avoir de politique du tout.

Cette nomination de toute évidence pilotée par le maire Jim Watson survient alors que la communauté franco-ontarienne exerce de sérieuses pressions sur le premier magistrat et l'ensemble du conseil afin qu'ils augmentent la protection du français à la Ville d'Ottawa. Pour plusieurs militants francophones, il s'agit d'une étape qui mènera à la reconnaissance d'Ottawa comme capitale bilingue.

Il y a deux manières de voir l'avenir à court terme.

La nomination de M. Kanellakos peut être interprétée comme le peu d'intérêt que les élus d'Ottawa portent à la cause du français. Comme le maire Watson, ils continueront de prétendre que le statu quo linguistique est acceptable dans la capitale.

Sa nomination, et les remous qu'elle provoque, pourrait cependant mener à un geste d'ouverture du conseil municipal en faveur de meilleures garanties de protection du français à Ottawa, dans le sens qui est souhaité par une coalition franco-ontarienne ces mois-ci. En quelque sorte, un statut plus inclusif du français permettrait de faire digérer la nomination d'un gestionnaire unilingue anglais qui, si le passé est garant de l'avenir, n'apprendra pas plus le français dans les 12 prochains mois que dans les 30 dernières années.

Au maire Jim Watson de jouer.

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