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ÉDITORIAL / L'achat du quincaillier RONA ne doit pas réjouir le Québec qui lui a donné naissance, ni le Canada où la chaîne avait bâti un vaste réseau de détaillants. Malheureusement, la population ne peut pas y faire grand-chose. L'arme suprême du boycott fonctionne rarement.

Les Québécois perdront un des fleurons de leur commerce au détail, une entreprise locale qui est née du mouvement coopératif et qui a crû au point de devenir un géant, et bien au-delà des frontières de la Belle Province. Les consommateurs d'Ottawa se souviendront de la chaîne Cashway Building Centres qui avait été avalée par RONA au début des années 2000. RONA était dans une importante phase de croissance par acquisition durant laquelle elle a élargi son champ d'action à travers le pays.

Maintenant, c'est au tour de RONA elle-même d'être bouffée.

Comme elle avait atteint une taille considérable avec plus de 500 magasins, 4,1 milliards $ de ventes et 24 000 employés, les seuls prétendants suffisamment importants étaient étrangers. Personne n'aura été trop surpris que l'acheteur soit Lowe's, qui avait déjà tenté une prise de contrôle hostile en 2012. Cette fois, le marché a changé. La reprise économique aux États-Unis a procuré un nouvel élan à Lowe's, qui est dans une lutte à finir avec son compétiteur Home Depot. La pénétration géographique de RONA s'avérait un complément de choix à Lowe's. Et surtout, le recul du dollar canadien depuis 2012 a baissé le coût final d'achat.

Notre dollar faible fait donc dire à certains spécialistes que cette transaction n'est que la première d'une série. Les entreprises canadiennes se vendent avec un rabais inclus de 30%, ce qui les rend bien plus attrayantes.

Le gouvernement peut-il faire quelque chose? Oui, mais son rayon d'action est limité. Québec détient bien une participation d'environ 20% dans RONA, la Caisse de dépôt et placement a l'occasion ici de générer un profit substantiel qui bénéficiera à tous. Le gouvernement demande à la Caisse de grossir le bas de laine des Québécois et il ne peut honnêtement lui dire non lorsqu'une bonne occasion d'affaires se présente. Car cela revient à une affaire de gros sous.

Le gouvernement de Philippe Couillard doit laisser faire: on ne parle pas ici d'une entreprise culturelle, par exemple. C'est une mauvaise nouvelle mais on ne peut pas dans ce cas-ci faire grand-chose contre les lois du marché.

Le fédéral pourrait agir via son Bureau de la concurrence. Mais il agit mollement, même dans le cas d'industries «fragiles» comme les médias, les télécommunications, les ressources naturelles, etc. Il serait étonnant que le Bureau se trouve soudainement une colonne vertébrale.

Par ailleurs, personne ne sera dupe des assurances avancées par Lowe's à propos du siège social, des emplois préservés, ou du réseau de fournisseurs canadiens de RONA. Quand le centre de décision est à l'étranger, ces promesses ne tiennent plus longtemps. À moyen terme, tout cela se sera envolé, encore sous la pression implacable du marché. Rappelez-vous des cas de Noranda, de CCM, de JDS Fitel, de Dofasco, des Brasseries Labatt, de Corel, d'Alcan. Vous en voulez d'autres?

Les Canadiens célèbrent quand une société de chez nous fait une acquisition à l'étranger. Cela conforte notre fierté et contrecarre le sentiment d'infériorité qui nous habite parfois. Si nous pouvons acheter des entreprises américaines ou d'ailleurs, sous quel prétexte faudrait-il bloquer la vente d'une chaîne de magasins d'outils et de planches?

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