Légal, mais immoral

«J'ai droit aux privilèges inscrits à mon contrat»,... (Tom Hanson, Archives PC)

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«J'ai droit aux privilèges inscrits à mon contrat», avait lancé l'ancien ministre libéral David Dingwall, en 2005, pour conserver sa paie de séparation de la Monnaie royale canadienne.

Tom Hanson, Archives PC

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ÉDITORIAL / «J'ai droit aux privilèges inscrits à mon contrat», c'est ce qu'avait lancé David Dingwall, l'ancien ministre libéral pour conserver sa paie de séparation de la Monnaie royale canadienne. C'était en 2005 et franchement, la phrase avait beaucoup plus de punch en anglais: «I'm entitled to my entitlements!»

Il se battait pour une somme considérable, une paie de séparation de 417 780$ après qu'il ait été remercié pour avoir soumis quelque 700 000$ en notes de frais.

C'était gros et le monde politique s'était peu embarrassé des détails. Du fait qu'il avait métamorphosé la Monnaie royale canadienne en une société profitable, et que les factures en question n'étaient pas toutes à son nom. Deux enquêtes indépendantes l'ont blanchi.

Mais les privilèges contractuels de M. Dingwall ont incarné les abus de fin de règne du régime libéral de Jean Chrétien et Paul Martin.

Les conservateurs de Stephen Harper ont sauté sur l'affaire pour noircir leurs adversaires, ce qui a contribué à paver la voie à leur victoire électorale en janvier 2006.

Le contrat de M. Dingwall était légal au sens strict, mais penchait vers l'immoralité.

Les Gatinois ont raison de conclure la même chose dans le cas de Stéphane Lauzon qui vient de profiter du mécanisme d'allocation de transition de carrière en place à la Ville de Gatineau.

Oui, M. Lauzon a droit à son allocation. C'est strictement légal. Mais c'est immoral.

Et les élus de la Ville de Gatineau devraient ne pas tarder et fermer la porte aux abus que ces règles occasionnent. Le maire Maxime Pedneaud-Jobin devrait par la suite porter ce débat auprès de la Fédération québécoise des municipalités et du gouvernement du Québec. Question de montrer l'exemple. Car toute la classe politique est éclaboussée par ces scandales qui laissent croire que les élus pensent plus à leur bien-être personnel qu'au service public. Ce n'est pas toujours vrai.

Mais quand cela survient, chaque cas est de trop et provoque un tollé.

Rappelez-vous d'Emmanuel Dubourg qui a empoché une prime de séparation de 100 000$ lorsqu'il a quitté l'Assemblée nationale, en 2013, pour aussitôt se faire élire sous la bannière libérale dans Bourassa, où il a succédé à Denis Coderre qui laissait son siège, lui, pour briguer la mairie de Montréal.

Ce n'est pas qu'un problème québécois. Quand Gary Doer a quitté son poste de premier ministre du Manitoba pour devenir ambassadeur des États-Unis le jour même, il a eu droit à une allocation de transition de 85 564$.

En Europe, on a crié au scandale quand s'est ébruité que les députés sortants du Parlement européen auraient tous droit à une allocation minimale de 39 000 euros (environ 60 000$). Ce que les Anglais ont appelé le golden goodbye.

Personne ne devrait crier au scandale pour une indemnité versée à un élu défait aux élections, qui quitte pour des raisons de santé, ou prend sa retraite. La somme permettra une transition à la vie privée, comme le dit justement son nom. S'il obtient un nouvel emploi, l'indemnité devrait cesser.

Cela ne doit pas servir à engraisser le régime de retraite des élus, à liquider leurs dettes ou à leur payer des jouets dispendieux.

Cela dénature l'idée même de l'allocation de transition et mine la confiance des citoyens.

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