CPE, de fleuron à vache sacrée

ÉDITORIAL / Bien que le gouvernement Couillard veuille présenter un nouveau... (Archives, La Presse)

Agrandir

Archives, La Presse

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

ÉDITORIAL / Bien que le gouvernement Couillard veuille présenter un nouveau visage plus compatissant après deux années marquées à l'enseigne de l'austérité, le conflit perdure avec son réseau de Centres de la petite enfance.

Ces «garderies d'État» sont confrontées à une autre ronde de réduction budgétaire, de 120 millions $ cette fois. Parents et employés se sont ligués avec les porte-parole des CPE pour préserver ce réseau d'excellence que les libéraux, même du temps de Jean Charest, trouvaient trop coûteux.

C'est vrai qu'il coûte cher. Conçu par Pauline Marois à l'époque du gouvernement de Lucien Bouchard, il ne représentait alors que 200 millions $ dans le Trésor public. Ce réseau qui regroupe quelque 1000 services de garde aujourd'hui a plus que triplé en taille... Tandis que la facture aux contribuables a explosé. Il coûte aujourd'hui 12 fois plus, soit 2,5 milliards $ par an.

Le gouvernement Couillard qui cherchait des économies partout a vite ciblé les CPE.

S'il y avait une logique à demander un effort financier de toutes les branches de l'État, ce que l'on exige des CPE est au-delà de ses forces.

Cela dit, nous n'en sommes pas au point où Québec menace la survie du réseau des CPE dans son sens le plus large. Il veut y imposer un peu plus de rigueur, mais il s'y prend mal.

Devant lui, les résistances sont nombreuses. Pour ses défenseurs, le réseau des CPE a acquis le statut de vache sacrée au Québec, auquel il est insensible d'exiger un quelconque effort. Ils trimballent leurs bambins devant les garderies et fiers de cette image attendrissante, crient au démantèlement d'un fleuron québécois.

On a vu ces scènes lorsque M. Charest a voulu porter le tarif quotidien de 5 à 7 $, en 2004. Pourtant, la part des parents qui représentait 20% de la facture des services, en 1997, ne correspond plus qu'à 13% de la note globale. L'inflation a fait son oeuvre et un ajustement aurait dû être programmé dès le départ. Sous M. Couillard, qui a porté les frais à 20 $ pour certaines familles plus fortunées, c'est tout le principe de l'universalité qu'on l'accusait de balancer par-dessus bord.

Cela dit, les militants des CPE ont raison pour le fleuron. Les CPE se sont vite imposés comme un outil social essentiel dans une société qui a à coeur l'éducation de la petite enfance. Mais en chemin, on a oublié son rôle d'appui aux milieux défavorisés et à l'emploi des femmes (tant chez les familles trop souvent monoparentales que chez les employées des services de garde).

Avant d'être un réseau universel de garderies d'État - dont les familles mieux nanties profitent de façon inégale -, les CPE devraient trouver par une mécanique de modalités une manière de favoriser l'accès aux familles défavorisées et aux enfants avec des besoins spéciaux. Ainsi, il s'inscrirait encore davantage comme premier jalon d'un continuum d'éducation qui ferait du Québec une société plus forte en participant à la lutte à la pauvreté, en militant pour l'égalité des chances et en contribuant à l'enrichissement de tous.

Le réseau des CPE est devenu l'envie de plusieurs provinces du Canada, et même au-delà. Cela ne doit pas le placer à l'abri d'une réforme qui, sans remettre le principe de l'universalité du programme en cause, placerait ceux qui en ont le plus besoin en avant des critères d'admissibilité.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer