Dur apprentissage

Pierre Karl Péladeau... (Archives La Presse)

Agrandir

Pierre Karl Péladeau

Archives La Presse

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

ÉDITORIAL / Pierre Karl Péladeau traverse la période la plus difficile de sa jeune carrière politique.

Élu le 7 avril 2014, chef du Parti québécois depuis huit mois à peine, la crise dans laquelle il se retrouve ces jours-ci n'est que la plus récente, mais la plus douloureuse parce qu'à ses déboires politiques s'ajoute la séparation avec son épouse Julie Snyder.

Plusieurs critiques avaient prédit des jours difficiles à un PQ sous M. Péladeau, mais peu s'attendaient à une telle suite de défis. C'est comme si tout ce qu'il touchait se changeait en crise politique. Il est des gens comme ça qui n'y arrivent tout simplement pas. La plupart des autres traversent des périodes bouleversantes, mais s'en sortent au fil du temps, avec talent et travail. Rappelons-nous le concert d'appels à la démission auquel a fait face Pauline Marois, en juin 2011; 15 mois plus tard elle était élue premier ministre du Québec.

Quel sera l'avenir de Pierre Karl Péladeau?

Certes, les malheurs de PKP ne sont pas que l'oeuvre d'autrui. Il a reconnu lui-même, dans son bilan de 2015, qu'il avait «encore des croûtes à manger» pour maîtriser l'art de la politique.

Son entrée dans l'arène publique, en pleine campagne électorale, a soulevé bien des controverses. Le magnat des médias dans le très petit monde québécois était un personnage polarisant bien avant qu'il ne se lance en politique. Héritant de l'empire Québecor, il a multiplié les coups d'éclat, et pas toujours heureux. Les achats de l'imprimerie World Color Press, du câblodistributeur Vidéotron, des journaux Sun et du réseau de télévision TVA se font tous sous sa gouverne. Il est reconnu comme un chef d'entreprise difficile, qui n'hésite pas à recourir aux lock-outs lorsque les négociations collectives augurent mal à ses yeux.

Ses méthodes anti-syndicales passent mal chez ceux du Parti québécois qui se rappellent ses origines social-démocrates. Mais après la déconfiture du gouvernement de Mme Marois, bien des membres se ferment les yeux sur ce volet du curriculum vitae de M. Péladeau et lui confient les rênes du parti.

S'amorce alors le débat sur la fiducie sans droit de regard qui doit gérer les affaires de M. Péladeau pendant qu'il se consacre à la vie publique. La solution est bancale. La construction de son équipe écarte Stéphane Bédard, un fidèle du PQ, et réintroduit Pierre Duchesne, l'ex-journaliste qui devient chef de cabinet. On n'arrête pas de parler en coulisses des problèmes d'organisation autour du chef. De son recours aux mises en demeure adressées à ses adversaires politiques transparaît une résistance personnelle à composer avec les divergences d'opinion, lui qui a toujours dit aux autres quoi faire comme patron.

Maintenant, c'est toute la question de l'évitement fiscal de Québecor qui hante Pierre Karl Péladeau. Une situation de laquelle il ne peut s'extraire: toutes les multinationales le font, à des degrés divers. Mais les contribuables, eux, saignés par leurs obligations fiscales et des services en décroissance, ne font pas la différence entre évitement et évasion. Le récent sondage CROP en rajoute: le chef ralentit le PQ.

Pierre Karl Péladeau s'est embourbé avec ses premiers pas politiques. Il devra apprendre à faire autrement, ou à décider que la vie publique n'est pas pour lui. Ce serait dommage pour lui et toute la communauté d'affaires qui a, comme d'autres, une contribution précieuse à apporter au débat politique du Québec.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer