Une session autochtone

La chef de l'opposition par intérim, Rona Ambrose,... (Adrian Wyld, La Presse Canadienne)

Agrandir

La chef de l'opposition par intérim, Rona Ambrose, a simplement demandé au premier ministre Justin Trudeau de faire une mise à jour sur la situation à La Loche.

Adrian Wyld, La Presse Canadienne

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

ÉDITORIAL/ Quelques jours à peine avant la rentrée parlementaire, une tuerie ébranle la petite communauté de La Loche, dans le nord de la Saskatchewan.

Le nouveau gouvernement libéral avait déjà promis de déclencher une enquête longuement réclamée sur les quelque 3000 femmes autochtones assassinées ou disparues depuis 30 ans au Canada. Puis la campagne électorale de l'automne dernier a été marquée par des accusations de violence de la part d'agents de la Sûreté du Québec sur des femmes autochtones autour de Val-d'Or, en Abitibi.

Maintenant, une tragédie marque cette ville isolée où habitent quelque 3000 gens des communautés métis et dene. Cela rappellera encore plus vivement aux libéraux leurs engagements face aux populations autochtones à l'aube de ce qui est leur première vraie session parlementaire, les députés n'ayant siégé que quelques jours, en décembre.

D'ailleurs, la première intervention lors de la période de questions, lundi, a porté sur la situation à La Loche. La chef de l'opposition par intérim, Rona Ambrose, a simplement demandé au premier ministre Justin Trudeau de faire une mise à jour sur la situation là-bas. De manière très juste et respectueuse, question et réponse ont été dénuées de toute animosité partisane, un signe de respect envers les victimes, leurs proches et toute la communauté éprouvée.

Selon ce qui est rapporté depuis vendredi, la vie n'est pas facile à La Loche. Ancien poste de traite de la Compagnie de la Baie d'Hudson, La Loche a longtemps servi de camp de base pour les autochtones qui chassaient et pêchaient dans les environs.

Quatre meurtres y ont été commis ce vendredi et l'ampleur de la catastrophe a assommé la population. Elle désire tant effacer ce déchirant souvenir qu'elle en appelle même à démolir l'école secondaire et qu'elle soit reconstruite différemment, comme si c'était pour l'oblitérer de son regard et de sa mémoire.

Mais ce n'est pas le premier traumatisme qui l'ébranle. On y aurait rapporté 18 suicides depuis 2009, sans parler des nombreuses autres tentatives dont on parle moins. Outre l'impact économique des services publics qui sont offerts à La Loche, la principale activité industrielle concerne le secteur minier des environs. Mais le chômage y est endémique, particulièrement chez les jeunes.

Ce n'est pas la faute de la population locale. Ils ne sont que les descendants des populations semi-nomades d'avant, qui vivaient en autarcie, sauf pour ce que rapportait le commerce des fourrures qui a duré plus d'un siècle. Progressivement, elle s'est sédentarisée. Les enfants ont été envoyés dans des pensionnats où ils ont été victimes de politiques inavouées d'acculturation, voire de sévices pour trop d'entre eux.

Aujourd'hui, ils tentent de vivre avec les maigres moyens du bord.

En cela, La Loche ressemble à celles des dizaines d'autres communautés isolées au Canada. Le néo-démocrate Charlie Angus, député de Timmins-Baie James et critique de son parti sur les Affaires autochtones, a soulevé en Chambre le fait que plusieurs demandes de services psychologiques sont refusées par les autorités responsables, faute de ressources. Faut-il comprendre que la tragédie de La Loche aurait pu survenir ailleurs? Sans doute.

Rares sont ceux qui avaient entendu parler de La Loche avant vendredi. Les parlementaires canadiens l'auront dorénavant bien en tête alors qu'ils ont repris leurs travaux. Les libéraux ont une obligation d'action dans la filière autochtone, à défaut d'une obligation de résultats.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer